Centre Culturel Tibétain Dzogchenpa

Le bardo naturel de cette vie - 14/19

Enseignement de Chépa Dorjé Rinpoché - Paris, le 14 février 2001

Les deux sortes de Tiglés – la Prajnaparamita, le cœur de la sagesse – notre esprit existe-t-il ? – éternalisme et nihilisme – l’accumulation de mérites.

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Nous devons penser que nous allons écouter cet enseignement des six bardos pour pouvoir libérer l’ensemble de tous les êtres des souffrances du samsara, tous les êtres dont le nombre est aussi vaste que vaste est l’espace.

Des six bardos ou six états intermédiaires, nous abordons actuellement le bardo de cette vie, c’est-à-dire du moment où nous naissons jusqu’à présent. En fait, nous avons parlé du monde phénoménal extérieur. Nous avons vu quelle était l’origine de ce monde. Nous avons vu quel était notre corps et l’ensemble des phénomènes intérieurs, c’est-à-dire les êtres vivants. Nous avons vu que notre monde est composé des quatre éléments, que l’ensemble des êtres qui y vivent sont aussi composés des quatre éléments, de la quintessence des quatre éléments.

Nous avons aussi parlé des canaux, des souffles et des tiglés. Nous avons vu que ces canaux viennent aussi des quatre éléments, les souffles sont en relation aussi avec les quatre éléments, il en est de même pour les tiglés.

En fait, il y a deux sortes de tiglés :

– le tiglé de la base, qui fait référence aux tiglés de la mère et du père

– le tiglé de la sagesse.

Quand nous parlons de ces tiglés, nous parlons de l’essence de la quintessence, le meilleur de cette quintessence. Quand nous parlons du tiglé de la sagesse, nous pourrions dire l’esprit, la sagesse, l’intelligence suprême, la nature même de notre esprit, l’essence de notre esprit car ce n’est pas l’esprit qui saisit.

Sur le support du tiglé base, va apparaître le tiglé de la sagesse. Quand nous parlons de tiglé base, c’est sur la base de quelque chose, sur le support de quelque chose qu’il va y avoir émergence de quelque chose, s’il n’y a pas ce support, rien ne peut émerger. C’est une notion un peu compliquée quand nous parlons de ce support de l’origine ou de l’origine de ce support, mais je vais vous en dire quelques mots. D’une part, il y a notre esprit qui n’est pas matériel, nous n’avons pas la possibilité de saisir cet esprit car il n’a pas de forme particulière, ni de couleur. Il n’est pas matériel, sans essence non plus. Cet esprit est sans matière, sans forme, sans couleur, sans essence, cela c’est le tiglé de la sagesse. Mais, malgré tout, il y a notre corps qui est le tiglé de la base. C’est sur le tiglé de la base que va aller notre esprit. Ces deux choses ne sont pas séparées, elles vont ensemble. Nous allons prendre l’exemple de cette cloche, il va y avoir un son… (Rinpoché fait sonner la cloche). C’est sur le support de la cloche que le son peut apparaître. Ce son, nous ne pouvons pas le saisir, il est insaisissable, mais s’il n’y avait pas cette cloche, le son ne pourrait pas être produit. Donc, les deux sont inséparables. Il en est de même pour le feu, du feu vient la chaleur, sans feu il n’y a pas de chaleur.

C’est ce que nous appelons le cœur de sagesse dans la Prajnaparamita, nous disons : « le son est forme, la forme est vide et le vide est forme ». Nous ne pouvons pas dire qu’il n’y a que le vide car nous tomberions dans l’extrême du nihilisme. Nous ne pouvons pas dire que cela existe sinon nous tomberions dans l’extrême de l’éternalisme. Il y a donc les deux extrêmes : cela n’existe pas et cela existe. Il faut être dans la voie du milieu. Parlons de voie du milieu : si nous prenons les quatre directions, sud, nord, ouest, est et même le zénit et le nadir, nous pouvons dire que le centre n’existe que par rapport aux directions. Ce centre n’a pas véritablement de lieu. Nous pouvons prendre l’exemple de l’espace, c’est par rapport à un point ou à une direction donnée qu’il y a un centre, il n’existe pas véritablement. Donc, s’il y a un centre, il y aura les directions : à droite, à gauche, devant, derrière, au-dessus, en dessous. Ce point n’existe que par rapport à ce concept que nous allons mettre devant, derrière. S’il n’y a pas de centre, il n’y aura rien de tout cela.

Nous allons revenir à l’esprit car tout revient à l’esprit. Si nous ne parlons pas en premier lieu de l’esprit, il n’y a pas de Dharma, il n’y a pas de chemin, Dans la Prajnaparamita, il est dit que c’est sur le support de la forme que l’esprit est. Il est dit que la vacuité est la forme et qu’il n’y a rien d’autre que cela, que la forme est vide et qu’il n’y a rien d’autre que cela.

Nous ne pouvons pas dire cela existe et cela n’existe pas. Il faut faire attention, ces deux aspects sont ensemble. C’est pour cela que nous ne pouvons pas rester dans la pensée « il y a », cela nous ferait tomber dans l’extrême de l’éternalisme. Nous ne pouvons pas dire non plus « il n’y a pas », cela nous ferait tomber dans l’extrême du nihilisme.

En fait, en ce qui concerne notre esprit, nous ne pouvons pas dire qu’il est et qu’il n’est pas. D’une manière claire, au niveau de l’esprit, quand nous disons : « notre esprit n’existe pas », en fait, il n’existe pas en tant que matière puisqu’il n’a pas de forme, il n’a pas de couleur, nous ne pouvons pas le saisir. Mais en même temps, nous ressentons, nous avons des sensations de plaisir, de souffrance, donc en même temps, à ce niveau-là, il existe.

Donc en fait, nous ne pouvons pas dire que notre esprit existe puisqu’il n’a pas de forme, de couleur. Et nous ne pouvons pas dire non plus qu’il n’existe pas, dans la mesure où dans notre esprit, nous ressentons toutes sortes de choses, nous ressentons le plaisir, nous ressentons la souffrance. Il y a des êtres qui expérimentent les enfers et nous pouvons obtenir l’état de Bouddha.

En fait, nous, les êtres, qui sommes dans le monde, dans le samsara, nous prenons les choses pour réelles. Nous prenons ce monde pour réel. Nous le saisissons encore, encore et encore et c’est ainsi que nous tournons sans fin dans le samsara. Ceux qui sont au-delà du samsara, nous allons les appeler des Nedjorpas. Dans leur esprit, il n’y a pas de saisie, ils ont atteint ce que nous appelons la félicité, la grande félicité. Ils sont dans la nature même de leur propre esprit et ils demeurent naturellement dans la nature même de leur esprit, c’est ainsi qu’ils obtiennent cette félicité, ils n’expérimentent plus la souffrance.

Si dans la nature de l’esprit nous ne saisissons pas, si naturellement l’esprit est dans son état naturel, il est dit qu’il se libère de lui-même, c’est-à-dire que toutes les pensées qui peuvent apparaître dans notre esprit sont, depuis le départ, naturellement libérées car l’esprit n’a pas de matière, donc toutes ces pensées se libèrent d’elles-mêmes. S’il n’y a pas de saisie, cela apparaît spontanément, naturellement. S’il y a saisie, à ce moment-là, il y a mensonge et il n’y a plus cette nature spontanée qui émerge. A ce moment, qu’y a-t-il à méditer ? Il n’y a rien à méditer.

En fait, si nous commençons à nous dire, « je suis en train de méditer », à ce moment-là, il y a quelque chose, c’est une pensée, la pensée : « je médite ». Et si je dis, « je n’ai pas besoin de méditer », là encore, c’est une pensée.

Quand c’est naturellement spontané, de quoi avons-nous besoin ?

Parce que cet aspect naturel, spontané qui émerge, ne peut être que réalisé, cela ne peut apparaître que spontanément, que naturellement. C’est pour cela que la grande félicité ne peut être que réalisée, nous ne pouvons pas aller vers cette grande félicité, nous pouvons juste la réaliser.

Si notre esprit est dans sa propre nature sans aucune saisie, il est donc dans l’état de grande félicité.

Où avons-nous besoin d’aller ?

Nous n’avons pas besoin d’aller quelque part.

C’est pour cela que développer de la dévotion, de la foi est une aide, c’est une pensée mais c’est une aide. Nous avons besoin de faire naître en nous le respect, la dévotion et aussi de parachever les deux accumulations. C’est à travers les deux accumulations que nous pourrons purifier les voiles, que nous pourrons accomplir, comprendre et réaliser les deux vérités.

C’est pour cela qu’il est bien de faire l’accumulation de mérite, d’offrir toutes sortes de possessions, toutes sortes de richesses que nous pouvons avoir ou alors si nous n’avons pas de richesses, nous pouvons nous réjouir de la vertu d’autrui. Donc, si nous avons ces richesses, ces possessions, il est bien de les offrir aux Trois Joyaux ou uniquement de faire preuve de générosité, c’est ainsi que nous pouvons faire preuve d’accumulation de mérite.

Si nous n’avons pas la possibilité de le faire, juste se réjouir du mérite d’autrui, c’est-à-dire juste penser : « cette personne a fait preuve de générosité, elle a offert telle chose aux Trois Joyaux ou elle a offert telle chose à tel être, cela me réjouit que cette personne ait pu accumuler ce mérite ».

Quel est le bienfait de se réjouir de la vertu d’autrui ?

Cela empêche la jalousie, car nous avons une très forte jalousie et cela nous aide à dissiper cette jalousie. Cette jalousie nous rend très malades. Le fait de nous réjouir de la vertu des autres est une bonne médecine. Si nous ne prenons pas cette médecine, nous pourrons même un jour mourir de cette maladie qui se nomme jalousie. Si nous avons de la jalousie, la racine même du Dharma ne peut pas être obtenue. Si, dans la pratique, nous voyons quelqu’un qui pratique de manière correcte, nous allons nous en réjouir et nous dire : « tiens, moi aussi, je vais pratiquer de cette manière ». Si nous ne nous réjouissons pas de cela et nous nous disons « oh là là ! Cette personne pratique bien », une jalousie peut apparaître dans notre esprit.

La nature même de notre esprit est la libération de l’illusion, c’est la libération de notre esprit illusionné.

Quand nous faisons preuve de générosité, si nous avons beaucoup de saisie pour l’objet que nous donnons ou pour la personne à qui nous le donnons, cela n’est pas véritablement un grand mérite.

Il y a deux façons d’accumuler du mérite. D’une façon parfaite, si nous avons la Vue, ou, si nous n’avons pas la Vue, ne pas avoir de saisie très forte sur l’objet donné ou sur la personne à qui nous donnons.

Quelle que soit la pratique du Dharma, si nous pratiquons en récitant des textes, en faisant la pratique, en accumulant du mérite à travers la générosité ou toute autre sorte d’activité, si à travers tout cela, nous réalisons la nature même de notre propre esprit, si nous réalisons ce qu’est la vue, à ce moment, nous pratiquons véritablement et c’est cela le Dharma.

Quand nous avons réalisé la nature même de notre esprit, il n’y a plus rien à réaliser, il n’y a plus rien à faire. Mais avant d’avoir réalisé, il faut pratiquer. C’est comme une personne au sommet de la montagne, elle n’a plus besoin de monter cette montagne mais pour atteindre le sommet de cette montagne il faut la gravir. Le fait de gravir est la pratique et l’accumulation de mérites. Il faut faire les deux accumulations. De temps en temps, il faut pratiquer. De temps en temps, il faut méditer. De temps en temps, il faut accumuler du mérite. Il faut toujours faire les deux. Dans la méditation, le plus important est la détente, c’est-à-dire la détente par rapport aux pensées et aux émotions. C’est grâce à l’examen de notre esprit qu’il n’y aura plus de pensées. Si nous avons une pensée, comment pouvons-nous être détendus ? Il n’est pas possible d’être détendu en ayant des pensées.

Pendant la méditation, toutes sortes de pensées peuvent survenir dans notre esprit. Si nous disons « je suis en train de méditer, je suis en train de méditer », cela amène des pensées et plus nous réfléchissons à cela et plus des pensées vont venir dans notre esprit. Ou encore, si nous avons mal à un endroit de notre corps, nous nous disons « j’ai mal, j’ai mal », le simple fait de dire cela va ajouter toutes sortes de pensées. Mais si nous n’acceptons pas ces pensées ou ces douleurs, peut-être que ces pensées n’existeront plus.

Si, dans la méditation, nous nous disons : « j’ai sommeil, j’ai vraiment sommeil ». Si nous n’arrêtons pas de dire « j’ai sommeil », nous amenons ces pensées de sommeil dans notre esprit et nous allons véritablement nous endormir. Mais si nous nous disons : « j’ai sommeil » et que nous acceptons d’avoir sommeil, peut-être qu’à ce moment-là, le sommeil va s’évanouir.

Comme nous sommes débutants, il est nécessaire de trouver des moyens. si nous nous disons : « j’ai sommeil » et qu’en fait, même si nous acceptons cela, ce sommeil ne va pas complètement disparaître. Nous allons vraiment avoir sommeil et peut-être alors, vaut-il mieux dormir un peu et après se remettre dans la méditation. Car si nous sommes à demi-ensommeillés et que nous essayons de pratiquer en même temps, ça ne va pas vraiment. Alors au début, il faut trouver quelques petits moyens. À la rigueur, si vous avez vraiment sommeil : vous dormez un petit peu et puis après, d’une manière véritable, vous pouvez vous remettre à la méditation.

Parfois dans la méditation, nous avons l’impression d’avoir faim, et nous pensons à manger. Pendant tout le temps de la méditation, nous pensons à manger, et nous ne méditons plus du tout. Le moyen, alors, c’est de manger. Une fois le ventre rempli, voilà, cette envie de manger est terminée, donc là, il faut un moyen.

En faisant ainsi, petit à petit, nous arriverons à ce sommet comme l’exemple de la montagne que nous avons vu tout à l’heure. Nous arriverons au sommet, et à ce moment-là, nous aurons une vision très vaste. Notre esprit sera véritablement comme l’espace, et il n’y aura plus de saisie. Si vous pouvez méditer de cette manière, c’est que là, vous êtes dans une bonne méditation, l’esprit voit ce qu’il y a à voir.

Et puis il y a la Posture du Corps en Sept Points de Vairocana. Il faut que le dos soit droit, pas trop droit pour qu’il ne soit pas trop tendu. Pour qu’il n’y ait pas trop de saisie dans le corps, il faut une détente du corps. A ce moment-là, notre vue, nos yeux verront ce qu’il y a à voir car il ne faut pas que les yeux voient trop fortement, avec une trop forte saisie, sinon cela ne va pas non plus. Il ne faut pas qu’ils soient complètement fermés non plus ; il faut juste qu’ils soient naturels, qu’ils voient ce qu’il y a à voir. Ce qui est vraiment bien, c’est que notre esprit soit détendu.

Donc maintenant nous allons méditer…

Pendant la méditation, il ne faut pas qu’il y ait juste une pensée. Il peut y avoir plusieurs pensées, toutes sortes de pensées qui apparaissent, mais il ne faut pas rester dans une seule pensée, juste se dire « je suis en train de méditer »…c’est une pensée : il ne faut pas rester dans cette pensée. Il faut se libérer de cet état. Il est possible que, dans la méditation, nous arrivions à cet état où il y a juste une pensée dans notre esprit. Tout le monde, Japonais, Français, Chinois…, dans la méditation, peut atteindre cet état d’une seule pensée. Il ne faut pas rester dans cet état, il faut s’en libérer. Si je suis en train de me dire « je suis en train de parler, d’avoir juste cela dans l’esprit », cette pensée n’est pas la libération. Il faut se libérer de cet état d’avoir une seule pensée. Nous pouvons rester longtemps dans cet état, mais en fait, cela n’est pas la libération.


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