Centre Culturel Tibétain Dzogchenpa
Enseignement

Le bardo du rêve - 7/12

Chépa Dorjé Rinpoché - Paris, le 9 avril 2001.

La dévotion, la prise de conscience - le respect à travers le corps (pratiquer, purifier, tendances fondamentales, accumulation de mérites) - le respect à travers l’esprit.

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Nous devons penser que nous allons écouter maintenant cet enseignement pour pouvoir libérer l’ensemble de tous les êtres qui ont été nos pères et nos mères et qui sont actuellement dans la souffrance du samsara et dont le nombre est aussi vaste que vaste est l’espace.

Au Tibet, on dit qu’il y a trois aspects :

– la dévotion,

– le respect à travers le corps,

– le respect à travers l’esprit.

En fait, comme nous l’avons vu précédemment, en ce qui concerne la foi, la dévotion se développe à travers l’écoute, la réflexion et la méditation. Tout d’abord il est nécessaire d’avoir une bonne écoute. Si nous avons une bonne compréhension, la foi apparaît spontanément, la dévotion surgit spontanément. Si cette écoute, cette réflexion et cette méditation ne sont pas correctes, la foi va changer. Elle ne sera pas stable. Si à l’inverse, nous avons une bonne écoute, une bonne réflexion et une bonne méditation, cette foi, cette dévotion deviendra stable.

Si dans notre esprit, il n’y a pas cette stabilité, que nous nous mettions en colère, que nous changions tout le temps d’humeur, notre activité n’est pas claire. Dans tout ce que nous faisons, nous manquons de clarté. Nous n’avons en fait pas de pouvoir sur notre esprit. Il est nécessaire de faire naître en nous la prise de conscience.

Nous pouvons avoir une prise de conscience mais ce renoncement peut ne pas être stable : nous allons écouter les enseignements du Dharma et nous nous dire : « J’aime beaucoup ces enseignements. » Nous allons avoir une prise de conscience pendant un jour ou deux et puis un autre jour cela va changer. Cela veut dire que cette prise de manque de stabilité. Il peut y avoir des personnes qui disent : « J’ai eu du renoncement. J’ai écouté des enseignements. Je me suis même entraîné à ces enseignements, mais maintenant c’est terminé ». Si nous parlons de cette manière, c’est qu’un jour effectivement, nous avons eu ce renoncement, mais que ce renoncement n’était pas stable. Un jour nous avons abandonné ces engagements.

Au Tibet, il n’y a pas de différence entre le Dharma et notre vie. Que nous mangions, que nous dormions, quelle que soit l’activité que nous fassions. A ce moment, il n’y a pas de véritable entraînement. À partir du moment où nous faisons ces activités quotidiennes, nous expérimentons de la souffrance, du bonheur. Par ces expériences de souffrance, nous éprouvons le désir de nous entraîner au Dharma ou de pratiquer le Dharma. Que ce soit le bonheur ou la souffrance, les deux sont impermanents. Nous éprouvons du bonheur et nous savons que ce bonheur est impermanent. Quand nous éprouvons de la souffrance, cette souffrance ne reste pas, ne demeure pas. Elle change. Elle est de nature impermanente. C’est grâce à çà que nous devons développer la prise de conscience de l’Esprit d’Eveil. Cette prise de conscience, nous pouvons l’avoir mais nous devons le développer pour qu’il devienne stable.

Maintenant, nous sommes en sommes au Bardo du Rêve, l’état intermédiaire du rêve. Dans cet état intermédiaire du rêve, nous pouvons voir que les illusions se libèrent d’elles-mêmes.

La dernière fois, nous nous en étions arrêtés au fait que nous pouvions reconnaître que nous étions dans un rêve, que nous pouvions avoir une petite reconnaissance, mais que parfois, par la suite, nous pouvions oublier cette reconnaissance. Lorsque nous avons une saisie de cette reconnaissance, nous nous réveillons. Si nous ne sommes plus dans le rêve, c’est parce que nous avons une trop forte saisie. Nous pouvons reconnaître que nous sommes dans un rêve, mais la nuit d’après, nous perdons cette reconnaissance. Nous avons alors trop peu de rappel et de vigilance.

Quand nous oublions que nous avons pu reconnaître le rêve, il faut nous entraîner à nouveau sur cette vigilance, redévelopper l’attention. Il peut arriver que certaines personnes rêvent beaucoup mais ne se rappellent plus de leurs rêves. Ou bien certaines personnes rêvent beaucoup mais se disent en se réveillant, qu’elles n’ont pas du tout rêvé. Cela montre qu’il y a une grande illusion.

Le moyen durant la journée pour se rappeler que nous sommes comme dans un rêve, est d’avoir de la vigilance, de l’attention et de se dire : « Puissé-je reconnaître que je suis dans un rêve durant mon sommeil ». Cela peut être bénéfique de pratiquer la phase de création et la phase d’achèvement.

Que veut dire « la phase de création » ?

En face de nous dans l’espace, nous allons visualiser qu’il y a un tronc, que sur ce tronc il y a un lotus, un disque de soleil et de lune, et qu’il y a dessus le Bouddha Shakyamuni, le corps et que nous allons visualiser toutes ces étapes. Quand nous visualisons le Bouddha Shakyamuni, nous devons nous dire : « Cela n’a pas d’existence, de réalité propre, cela n’est qu’un rêve ». Si après tout cela, nous ne réussissons toujours pas à reconnaître que nous sommes dans un rêve, à ce moment, il faut pratiquer et purifier.

Que veut dire « Pratiquer » ?

Cela veut dire pratiquer le Saint Dharma, c’est-à-dire visualiser et réciter des mantras.

Que veut dire « Purifier » ?

Cela signifie purifier tous nos voiles. Depuis des temps sans commencement, à travers toutes les activités que nous avons pu effectuer, nous avons accumulé un certain karma, certaines activités négatives. Nous allons purifier toutes ces fautes et ces voiles.

Lorsque nous disons que depuis des vies sans commencement nous accumulons, cela fait référence à la loi de cause à effet. Quand nous parlons de nos propres fautes, c’est en fait nos propres actes. C’est nous-mêmes qui avons effectué ces actes, ce n’est pas quelqu’un qui nous a donné toutes ces fautes, c’est nous-mêmes qui les avons accumulées. Quand nous parlons de la cause, la cause qui est notre esprit, nous parlons des tendances fondamentales.

Que signifie « Tendances fondamentales » ?

Par exemple, ce soir, nous sommes tous présents, nous écoutons un enseignement. Ce soir les tendances fondamentales vont rester dans notre esprit, c’est-à-dire que nous allons nous souvenir de cet enseignement. Ces tendances fondamentales vont mûrir et il faut des circonstances pour parvenir à ce mûrissement.

Par exemple, ce soir nous écoutons ces enseignements et puis quelques années passent. Quelques années après, nous rencontrons la même personne et nous allons nous souvenir de ces enseignements : ce sera le mûrissement de cette tendance-là.

Le mûrissement de la loi de la cause à effet fait que quelqu’un qui se souvient d’avoir effectué des des actes positifs et négatifs, un jour éprouvera du bonheur et un autre jour expérimentera de la souffrance.

Il faut confesser, regretter nos fautes. Si nous ne regrettons pas nos fautes et si nous faisons alors une activité quelconque, dans la nuit, cette activité, cette tendance fondamentale va revenir. Dans dans notre rêve, nous allons revivre cette activité. Si nous avons regretté cet acte, nous allons alors pouvoir reconnaître que nous sommes en train de rêver. Si à nouveau nous ne le reconnaissons pas nous devrons effectuer l’Accumulation des Mérites. Si nous n’avons pas suffisamment accumulé de mérites, il se peut que durant l’écoute de l’enseignement que nous ne comprenions que la moitié. Il se peut également que nous entendions et que nous comprenions l’enseignement dans sa totalité mais que nous l’oubliions après.

C’est le signe que nous n’avons pas accumulé suffisamment de mérites. Si pendant enseignement très important une personne n’est pas là c’est qu’elle n’a pas accumulé suffisamment de mérites.

Comment effectuer l’accumulation de mérites ?

Nous pouvons l’effectuer par la générosité, le don. Nous pouvons offrir une lumière aux Trois Joyaux ou offrir des vêtements ou de la nourriture aux pauvres. Nous ne devons pas penser qu’il est nécessaire de faire une grosse offrande ou d’offrir quelque chose de vraiment important. Nous allons nous dire « Je veux faire une grosse offrande au Trois Joyaux. Il faut que j’offre beaucoup d’argent ». Il ne faut pas penser de cette manière-là. Cela n’est pas important d’offrir en grand nombre ou quelque chose d’important. Si nous avons juste de la foi et de la dévotion vis-à-vis des Trois Joyaux, c’est une offrande, une générosité. Si nous écoutons un enseignement et que que nous nous réjouissions que les auditeurs puisse écouter cet enseignement, c’est une preuve de générosité, une preuve de don. Si nous voyons quelqu’un qui donne de l’argent car il est riche, se réjouir que cette personne ait pu donner de l’argent, c’est une accumulation de mérites.

Quand nous offrons quelque chose, il ne faut pas être avare. Peu importe ce que nous offrons même si c’est une petite somme ce qui est important c’est de se dire que ce que nous donnons, c’est bien. Toute personne qui travaille doit payer des impôts. Tout ce que nous payons à l’État, autant nous en réjouir, puisque de toute façon, nous devons le payer. Autant nous réjouir de donner cet argent, c’est alors un grand mérite que nous accumulons. Même si nous pensons ne pas donner, en fait, nous donnons. Puisque nous donnons, autant avoir de la joie dans notre esprit à donner cet argent. De cette manière, nous accumulons vraiment un mérite.

Si nous ne développons pas de joie à donner cet argent, il n’y a aucun mérite. Je pense que c’est la plus grande générosité et la meilleure façon de donner car nous ne savons pas à qui nous donnons. Si nous connaissons la personne à qui nous donnons de l’argent, nous pouvons développer de l’orgueil. Mais dans le cas des impôts il n’y a aucun moyen de développer de l’orgueil parce que nous ne savons pas à qui nous donnons. Si nous donnons beaucoup d’argent à quelqu’un, nous allons peut-être dire : « Je suis quelqu’un de bien parce que je t’ai donné beaucoup d’argent ». Et développer ainsi un grand orgueil qui mettra en colère les personnes que nous côtoyons. Puisque nous ne savons pas à qui nous donnons, nous donnons tout simplement. Je trouve que c’est vraiment un excellent moyen.

Faire ainsi permet de reconnaître que nous sommes dans un rêve…

Si nous n’arrivons pas à reconnaître que nous sommes dans un rêve nous pouvons nous entraîner aux souffles et aux canaux. Nos canaux peuvent être bloqués. S’entraîner à ces souffles peut aider à débloquer ces canaux. Petit à petit nous allons reconnaître que nous sommes dans un rêve. Cela prendra quelques jours, un mois, deux mois. Après avoir reconnu que nous étions dans un rêve, peut-être qu’à cause d’une vigilance trop forte nous allons nous réveiller. Nous ne pourrons plus nous rendormir. Le moyen pour s’endormir sera de visualiser une sphère de couleur noire au niveau de notre cœur. Nous devons alors abandonner la vigilance, le rappel qui reconnaît que nous sommes dans un rêve, et juste visualiser cette sphère de couleur noire : nous pourrons nous endormir. Pour les gens qui ont des difficultés à s’endormir, c’est aussi une bonne méthode. Quand nous avons une attention trop forte il faut juste se détendre.

Il peut aussi arriver qu’un jour, cette reconnaissance du rêve soit complètement perdue ou qu’elle se termine. Pourquoi ? Au début nous avons écouté le Dharma, nous avons apprécié le Dharma, nous avons aimé le Dharma. Nous avons donc pratiqué le Dharma et grâce à cette pratique, nous avons reconnu que nous étions dans un rêve. Un jour des pensées de toutes sortes viendront dans notre esprit qui feront que nous abandonnerons le Dharma, nous ne le pratiquerons plus. Nous ne reconnaîtrons plus que nous sommes dans un rêve et cela se terminera complètement. Le Dharma ne sera plus une aide. Il ne sera plus une aide parce que nous nous dirons : « J’ai pratiqué le Dharma mais le Dharma ne m’a pas aidé, le Dharma ne m’a rien apporté ». Cela veut dire que toutes les apparences du monde vont reprendre le dessus. Nous allons donc avoir une très forte saisie sur les apparences de notre monde.

Le fait que le Dharma ne nous apporte pas une aide, c’est de qu’en voyant que des gens qui ont arrêté de pratiquer le Dharma nous nous disions : « Pour moi, cela va faire de même, un jour le Dharma ne m’aidera plus ». Ce sont des circonstances néfastes qui arrivent très souvent au Tibet. Peut-être qu’en France ces circonstances néfastes n’arrivent pas. Le moyen d’y remédier c’est de réfléchir à nouveau sur la loi de cause à effet, sur la loi du karma, sur les souffrances du samsara, sur l’impermanence. Peut-être que pour nous en France il est difficile de réfléchir au fait que notre vie est impermanente. Au Tibet c’est quelque chose d’évident, tout le monde y pense. Tout le monde sait que notre vie est impermanente car un jour nous mourrons. La mort surviendra. Tout le monde réfléchit à cela.

Peut-être qu’en France nous ne réfléchissons pas au fait qu’un jour nous allons vieillir et la mort survenir. Même si nous ne réfléchissons pas à cela la mort viendra. Réfléchir aux souffrances qui pourront intervenir quand la mort viendra fera que nous aurons envie de pratiquer le Dharma pour obtenir la maîtrise de notre esprit. Quand nous obtenons la maîtrise de notre esprit, notre esprit est parfaitement clair et aucune peur ne survient dans notre esprit au moment de la mort. Quand nous avons cette clarté de l’esprit et cette maîtrise de l’esprit, notre esprit n’est plus étriqué. Notre esprit est détendu et nous passons la mort tranquillement, d’une manière détendue. Pour pouvoir reconnaître le moment de notre mort, il faut méditer.

Donc, maintenant, nous allons méditer.


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