Centre Culturel Tibétain Dzogchenpa
Enseignement

Le bardo du devenir 4

Paris, le 11 octobre 2001.

Résumé : Maîtriser l’esprit par la méditation de la divinité, la Prise de Refuge, la foi, la dévotion, l’esprit d’éveil et l’éradication des trois poisons.

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Dans les six Bardos, les six états intermédiaires que nous avons pu déjà parcourir, le Bardo le plus important est le Bardo de la Naissance qui est l’état intermédiaire de cette vie-ci.

Pourquoi cela ?

Parce que notre vie future se définira selon la façon dont nous l’aurons parcourue. Dans le Bardo du Devenir, nous allons choisir notre future renaissance et notre futur corps. Ceci dépend de l’activité que nous avons dans cette vie-ci. Si nous avons un bon entraînement dans le Bardo de la Naissance, nous aurons au moment du Bardo du Devenir la possibilité de choisir ce qui nous est nécessaire. Si dans le Bardo de la Naissance, nous avons la maîtrise de notre esprit, même une petite maîtrise, elle sera présente au moment du Bardo du Devenir. Et nous pourrons l’utiliser.

Que signifie avoir la maîtrise de son esprit ?

Voilà, maintenant je suis installé ici. Si j’ai toutes sortes de pensées qui vont et viennent dans tous les sens, alors je n’ai aucune maîtrise de mon esprit. Par exemple, si nous voyons une forme que nous trouvons belle, nous suivons cette belle forme. Si nous voyons une forme qui nous déplait, nous suivons cette forme. Lorsque nous mangeons quelque chose de sucré, nous suivons ce goût. Nous faisons de même si le goût est amer. En saisissant ces goûts sucrés ou amers, nous créons du désir, du rejet. Cela est le signe que nous n’avons absolument pas la maîtrise de notre esprit. Au moment du Bardo du Devenir, comme nous l’avons vu précédemment, le souffle du karma se manifeste. Comme nous n’avons pas de forme, pas d’aspect physique, il n’y a alors absolument aucun aspect matériel ou physique qui peut nous retenir, comme par exemple les murs de la maison dans laquelle nous vivons dans cette vie-ci. Dans le Bardo du Devenir, notre esprit saisit le fait que nous pouvons avoir des agrégats, bien que nous ne pouvons pas dire que nous en avons. Donc à cause de cette saisie nous pouvons avoir des agrégats même si nous n’avons pas de corps formel. Et puisque nous n’avons pas de corps formel, notre esprit peut aller partout où il le souhaite, dans n’importe quel endroit. Actuellement, nous ne pouvons pas aller dans n’importe quel endroit car notre corps nous retient, il retient notre esprit. Un être complètement ordinaire qui ne s’est pas entraîné dans cette vie-ci à maîtriser son propre esprit, n’aura absolument aucune maîtrise durant le Bardo du Devenir. Il sera sous l’emprise du corps du karma. Il prendra renaissance en un corps humain ou animal ou autre selon son propre karma. C’est comme pendant le rêve où il se passe toutes sortes de choses que nous ne pouvons absolument pas maîtriser. Ce qui va se passer au moment du Bardo du Devenir sera très semblable à ce qui se passe au moment du Bardo du Rêve. La différence se trouve dans le fait qu’il y a une plus grande clarté dans le Bardo du Devenir. Mais il ne nous est pas possible de reconnaître cette clarté si nous n’avons pas la maîtrise de l’esprit. Nous allons ainsi expérimenter toutes sortes de peurs, de frayeurs, de souffrances tels que le froid, la faim ou la soif. Nous n’aurons pas la maîtrise de là où nous irons ni de là où nous demeurerons. Nous serons entièrement sous l’emprise du souffle du karma. C’est pour cela qu’il est dit qu’au moment du Bardo du Devenir, il est nécessaire de fermer les six portes des différentes classes de renaissances.

Il y a divers moyens pour fermer les différentes portes des renaissances. Il y a la prise de refuge. Il y a la phase de création dans laquelle nous méditons Chenrezi : – tous les sons que nous entendons sont la propre parole de Chenrezi, son mantra, – toutes les apparences que nous pouvons voir, sont le corps de Chenrezi et, – toutes les pensées que nous pouvons avoir sont l’esprit même de Chenrezi. Si dans cette vie-ci, nous développons cet entraînement, toutes les apparences, dans le Bardo du Devenir deviendront le corps de la divinité, tous les sons la parole de la divinité, toutes les pensées, l’esprit de la divinité et les portes des différentes renaissances seront fermées. Peu importe la divinité que nous allons méditer, Chenrezi, Tamdrin, Dorjé Purba, Guru Rinpoché ou Manjushri. A partir du moment où nous avons de la foi, que nous développons de la dévotion dans notre esprit, pour Guru Rinpoché par exemple, si dans cette vie-ci nous nous entraînons à le visualiser, nous allons créer des tendances excellentes. Durant le Bardo du Devenir, si nous avons pu, dans cette vie-ci développer ces tendances excellentes, elle vont comme se regrouper, se lier aux tendances qui surviendront au moment du Bardo du Devenir.

Qu’entendons-nous par fermer les portes ?

Si nous avons des peurs et que nous nous entraînons à transformer ces peurs en la divinité, si une apparence effrayante survient, lors du Bardo du Devenir, nous la verrons comme la divinité. En la voyant comme une divinité la peur disparaîtra. Si nous parvenons à acquérir cette habitude, cette maîtrise dans le Bardo de la Naissance, au moment du Bardo du Devenir, nous serons nous-mêmes comme une divinité et toutes les apparences extérieures seront vues comme le paradis de la divinité. A ce moment-là toutes les portes des renaissances seront fermées. Grâce aux souhaits excellents que nous aurons pu avoir dans cette vie-ci, nous pourrons obtenir une précieuse existence humaine. Nous aurons de bons parents et nous aurons la possibilité d’entendre l’enseignement du Dharma. Il nous sera donné de rencontrer un maître authentique et de cette manière, nous aurons la possibilité de pratiquer et de pouvoir réaliser Rigpa, de réaliser la Connaissance. Grâce à la foi, de la dévotion, nous pourrons bloquer les portes des renaissances des six classes d’êtres. Il y a aussi le moyen du Refuge dans cette vie-ci et de s’en remettre sous la protection du Bouddha, du Dharma (l’enseignement) et de la Sangha (la communauté). Nous prenons refuge dans les lieux de refuge et nous nous mettons sous leur protection pour nous protéger des peurs que nous pouvons avoir car actuellement, ni notre père, ni notre mère peuvent nous protéger et nous sommes actuellement sous l’emprise de notre propre karma. Reconnaître la souffrance du samsâra est important. Nous n’avons pas nous-mêmes actuellement la possibilité de nous protéger de cette souffrance et des peurs que toute cette souffrance peut générer. Tout autant de raisons pour nous dire que nous devons trouver des lieux de refuge. Bouddha a réalisé lui-même sa propre nature de Bouddha qui était à l’intérieur de son propre esprit. L’ensemble de tous les êtres, sans exception, donc nous-mêmes, avons ce potentiel de l’état de Bouddha dans notre esprit. Bouddha a reconnu la nature même de son propre esprit, il a atteint la libération, puis il a donné toutes les méthodes pour pouvoir atteindre cette même libération, cette même reconnaissance de la nature de l’esprit. C’est ce que nous appelons le Dharma. C’est cela que nous appelons les enseignements du Bouddha. Sur le support de ces enseignements, il y a l’expérience, la pratique. Cela, c’est la Sangha. Ce sont tous les êtres qui pratiquent les enseignements du Bouddha et qui en ont l’expérience. Les enseignements du Bouddha portent sur la vertu, ils ne peuvent pas porter sur la non-vertu, c’est impossible. Voilà pourquoi les êtres qui pratiquent les enseignements sont vertueux et c’est le nom même de la Sangha. C’est ainsi que nous pouvons dire que le Bouddha est comme un lieu à atteindre, que le Dharma est le chemin qu’il faut suivre et la Sangha (la communauté) sont les amis qui vont suivre ce chemin et vont nous aider. Grâce au refuge, nous allons développer de la foi, de la dévotion, de la confiance. Cette confiance s’appelle la confiance de la foi. Par cette confiance, la foi et la dévotion se développeront de plus en plus jusqu’au moment où cette dévotion sera totalement stable, sans retournement, sans changement possible. Grâce à l’expérience, grâce à la pratique, nous développerons confiance, foi, dévotion afin d’obtenir les accomplissements en les prenant comme support. Lorsque nous parlons d’accomplissement, il y a les accomplissements ordinaires et l’accomplissement ultime. Les accomplissements ordinaires signifient que, grâce au Refuge, nous aurons la possibilité dans cette vie-ci d’obtenir des richesses, c’est-à-dire de ne plus souffrir.

Quel est l’accomplissement sublime ? Quel est l’accomplissement ultime ? *

Les êtres aux capacités suprêmes pourront dans cette vie reconnaître et réaliser Rigpa et avoir la possibilité d’obtenir l’état de Bouddha en cette vie-même. Ces êtres qui auront obtenu cet accomplissement ultime, partiront, au moment de la mort, en un « corps d’arc-en-ciel ». Nous parlons de « corps d’arc-en-ciel avec restes » et de « corps d’arc-en-ciel sans restes », appelé aussi le « Grand Transfert ». Les êtres aux capacités intermédiaires reconnaîtront, au moment du Bardo de la Vérité en Soi, de la réalité absolue, la nature même de toutes les apparences qui se déploient comme étant leurs propres apparences et ainsi ils pourront se libérer. Les êtres aux capacités plus ordinaires qui auront pris refuge dans les Trois Joyaux et se seront entraînés à la pratique de la phase de création en visualisant une divinité et qui auront reconnu que les apparences ne sont rien d’autres que les apparences de la divinité, pourront, au moment du Bardo du Devenir, renaître avec un précieux corps humain. Ils seront dotés de toutes les qualités pour suivre le Dharma et pourront obtenir la maîtrise de l’esprit pour atteindre l’état de Bouddha. C’est le moyen du Refuge. Car au moment du Bardo du Devenir, lorsque des apparences effrayantes surviendront, nous nous souviendrons du Refuge. Et grâce à ce souvenir et grâce aux souhaits que nous aurons formulés, nous pourrons fermer les portes des six classes d’êtres et prendre renaissance dans des conditions fortunées. Tout cela peut être obtenu grâce à la confiance, la foi et la dévotion.

Qu’appelons-nous la confiance ?

Si nous pratiquons le chemin pendant quelques jours, nous pourrons avoir confiance en ce chemin. Sur cette confiance, va naître la confiance de la foi et sur cette confiance de la foi, naîtra la dévotion qui ne se détourne pas, qui ne change pas.

Que signifient la foi, la dévotion qui ne changent pas ?

Si nous écoutons et pratiquons le Dharma quelques années et que nous abandonnons ensuite le Dharma, cela signifie que notre foi s’est détournée, qu’elle a changé. Cette foi, cette dévotion qui ne change pas signifie que, quoi qu’il arrive, nous avons une immense confiance qui se développe en notre esprit. C’est au travers de cette confiance que nous recevons l’ensemble de tous les accomplissements. Mais pour l’ensemble des individus ordinaires, un danger peut advenir à suivre ce chemin : n’ayant pas la reconnaissance de notre esprit, il est tout à fait possible, alors, que nous prenions un chemin erroné. C’est pour cela qu’il est nécessaire à l’intérieur de chaque individu de développer de l’intelligence éveillée. Si l’intelligence éveillée nous permet de reconnaître que l’ensemble de tous les êtres souhaitent ne plus souffrir, c’est un bon chemin. C’est pour cela qu’il est dit dans la tradition du Dharma qu’il ne faut pas nuire aux êtres, qu’ils soient grands ou minuscules, que ce soit l’ensemble de tous les individus ou l’ensemble de tous les petits insectes.

Pourquoi cela ?

Parce que tous les êtres quels qu’ils soient, ont en leur esprit le désir d’être dans le bonheur et d’être séparés de la souffrance. Si nous examinons cela, si nous examinons ces différents aspects, nous pouvons être certains que c’est un bon chemin. Nous pouvons dire que dans cette salle, tout le monde souhaite être séparé de la souffrance. L’ensemble de tous les êtres vivants désire cela, il n’y pas le moindre petit être dans tout l’univers qui ne désire pas être séparé de la souffrance. Tous les êtres, sans absolument aucune exception, désirent le bonheur que ce soit maintenant ou dans le futur. Si, nous-mêmes, dans notre propre esprit nous désirons ce bonheur, l’ensemble de tous les êtres également désirent ce bonheur, désirent être séparés de la souffrance. Si nous ressentons du bonheur et que nous nuisons aux autres êtres, là, ce n’est pas un bon chemin. Désirer le bonheur et nuire aux autres êtres, non, là, ça ne va pas. Si nous avons de la clarté au niveau des pensées, au niveau du chemin, cela signifie que nous possédons cette intelligence éveillée. Si nous avons l’intelligence éveillée, nous saurons que nous désirons le bonheur et que nous ne sommes pas les seuls à le désirer. Nous saurons que tous les êtres souhaitent être libérés de la souffrance. A partir du moment où nous allons penser dans notre esprit à l’ensemble de tous les êtres, automatiquement, notre esprit sera beaucoup plus vaste, plus ouvert. Et donc, si nous avons cette intelligence éveillée au moment du Bardo du Devenir, nous aurons la possibilité de fermer les six portes des six classes d’êtres. Afin de dissiper les émotions perturbatrices et pour développer l’esprit d’éveil, il est nécessaire de développer de l’équanimité dans notre esprit. Nous avons des émotions de désir, de colère, d’opacité mentale. Sans l’équanimité, nous ne pourrons pas véritablement développer l’esprit de l’éveil. Toutes les émotions que nous pouvons expérimenter telles que le désir-attachement, la colère-aversion, l’opacité mentale nuisent aux autres êtres et à nous-mêmes. Il faut éradiquer ces émotions. Elles sont comme du poison. C’est à cause d’elles que nous errons de vie en vie, que nous expérimentons la souffrance, que nous nuisons à autrui. C’est pourquoi, en arrêtant ces différentes émotions de désir-attachement, de colère-aversion, d’opacité mentale, nous fermons les différentes portes des renaissances.

Et quel est le moyen de pouvoir éradiquer ces trois poisons ?

C’est la pratique. S’il nous est nécessaire de pratiquer, il nous est aussi nécessaire de suivre un Lama authentique qui a de l’expérience, qui a obtenu Rigpa (la Connaissance) et qui possède la connaissance du Dharma (les enseignements du Bouddha). Si ce Maître n’a pas d’expérience véritable, il ne peut pas donner la Vue aux autres êtres. S’il ne l’a pas réalisée, comment peut-il donner la Vue aux autres. S’il ne comprend pas la Vue, s’il ne la connaît pas, que peut-il bien donner ? C’est pourquoi la Vue est quelque chose de très important. Et pour obtenir la Vue il faut méditer, il faut pratiquer. Et pour pratiquer, il faut un Maître. Maintenant nous allons méditer.


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