Centre Culturel Tibétain Dzogchenpa

A propos du Longchen Nyingthik

Enseignement de Chépa Dorjé Rinpoché - le 18 octobre 2001

Les origines du Longchen Nyingthik

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Nous devons penser que nous allons écouter cet enseignement pour pouvoir libérer l’ensemble de tous les êtres, pour qu’ils puissent atteindre l’état de Bouddha, tous ces êtres qui sont actuellement dans la souffrance du samsara, qui ont été nos pères et nos mères et dont le nombre est aussi vaste que vaste est l’espace.

Nous avons fini de recevoir tous les enseignements qui concernaient les six états intermédiaires, les six bardos. Donc, ce que nous allons voir maintenant, d’une manière résumée, et qui est en rapport avec les enseignements du Dzogchen, de la « Grande Perfection », c’est le karma, la loi de cause à effet et les souhaits. Il est difficile de pouvoir écouter les enseignements s’il n’y a pas cette loi de cause à effet et la présence aussi des souhaits que nous avons pu effectuer.

Les quatre aspects nécessaires pour pouvoir écouter l’enseignement du Dharma sont : l’accumulation de mérites, les souhaits, le karma (la loi de cause à effet) et le temps.

Il faut vraiment utiliser ce moment, qui est présent maintenant, car ce temps peut se désagréger, c’est-à-dire passer. C’est pour cela qu’il est nécessaire de développer de l’endurance, de la persévérance, de la diligence. Si nous ne sommes pas véritablement attentifs et ne pensons pas au Dharma, lorsque les souhaits, le karma et le mérite sont réunis, nous n’utiliserons pas ce moment correctement.

L’enseignement que nous allons recevoir est le sens condensé du Longchen Nyingthik c’est-à-dire du chemin de la Grande Perfection (en tibétain « nying » qui signifie cœur et « thik » goutte essentielle), ici, Rigpa, (la Connaissance), donc « Nyingthik » signifie la connaissance du cœur. Pour pouvoir réaliser Rigpa, la connaissance, nous devons recevoir et effectuer les préliminaires à cette introduction.

L’enseignement sur le « Chemin de la Grande Perfection » a été donné par Patrul Rinpoché d’une manière extensive et par Adzom Drukpa Rinpoché en plus condensé. C’est ce dernier texte que nous allons voir, il a été écrit par Hekong Chatral, disciple d’Adzom Drukpa Rinpoché. Il en a aussi donné la lecture rituelle, en tibétain cela s’appelle le « loung ». Cette lignée est plus particulièrement proche de ma lignée, dans la mesure où mon propre Lama racine était disciple de Hekong Chatral Rinpoché d’où le fait que j’aie moi-même reçu cette transmission de Hekong Chatral Rinpoché.

Tout d’abord, il est dit dans ce texte : « Je rends hommage à mon propre Lama racine, des trois transmissions ». Quelles sont ces trois transmissions ? Celle des vainqueurs de l’esprit, de l’Esprit Éveillé, celle des symboles des détenteurs de la connaissance et celle de la transmission orale des individus. Ce Lama est doté de ces trois transmissions. Le texte continue en disant que ce texte précis est le texte roi, c’est-à-dire le texte principal puisqu’il fait référence au véhicule vainqueur, roi, le plus important de tous les véhicules (qui sont au nombre de neuf, au moins).

Il est dit que ce texte est vraiment la quintessence de l’ensemble de tous les véhicules ; c’est pourquoi si nous suivons, si nous pratiquons ce texte, nous pouvons obtenir l’état de Bouddha en une seule vie, dans cette vie-ci. C’est l’instruction essentielle de la Grande Perfection de la claire lumière. Hekong Chatral Rinpoché précise dans le texte que lui-même a reçu toute la transmission initiatique, c’est-à-dire toutes les initiations de son propre maître.

L’ensemble de tous ces écrits était apparu spontanément à Longchen Rabjam depuis son esprit éveillé. C’est pourquoi ce texte est le Longchen Nyingthik, c’est-à-dire qu’il est le cœur, le cœur de Rigpa, de Longchen. Dans ce texte, il y a les pratiques principales et les pratiques secondaires. Les pratiques principales sont les pratiques qu’il faut accumuler cent mille fois, c’est-à-dire la prise de refuge, etc.

Tout d’abord, nous n’allons pas voir l’aspect principal de ce texte, mais les aspects secondaires ou préparatoires. C’est la motivation ; littéralement, les actes ou les activités. Il y a quelque temps, d’ailleurs, certains ont posé la question de ce qu’était la motivation.

La motivation est un esprit très vaste, l’Esprit de l’Éveil.

Il y a, en fait, deux sortes de motivations :

  • 1) Celle de l’esprit très vaste, de l’Esprit de l’Éveil ;
  • 2) Celle des moyens habiles très vastes et cela fait partie des mantras secrets.

Tout d’abord il y a la motivation de l’Esprit de l’Éveil, de l’esprit très vaste. Nous devons visualiser les êtres d’une manière infinie. Quand nous parlons de visualiser cela veut dire penser à l’ensemble des êtres manière infinie. En fait si nous pensons continuellement à l’ensemble de tous les êtres infinis, c’est-à-dire à l’ensemble de tous les êtres dont le nombre est aussi vaste que vaste est l’espace (qui pénètrent et emplissent tout l’espace), et que nous pensons à leur libération, c’est cela la visualisation de l’Esprit de l’Éveil ou la pensée de l’Esprit de l’Éveil. Voilà pour la pensée très vaste.

Maintenant que signifie le sens très vaste ? C’est de se dire : « Puissè-je au travers de ma pratique établir l’ensemble de tous les êtres en l’état de Bouddha, en l’état parfaitement éveillé. » Avoir la pensée de pratiquer pour que tous les êtres puissent atteindre cet état éveillé, c’est le sens très vaste. Il est important de bien comprendre ces deux aspects qui sont différents.

Tout d’abord, penser à l’ensemble de tous les êtres dont le nombre est infini et penser au fait qu’ils soient libérés de la souffrance, c’est le premier aspect : la pensée de l’Esprit d’Éveil. La deuxième pensée est le sens même de cet Esprit de l’Éveil, c’est-à-dire : « Puissè-je grâce à ma pratique... », c’est-à-dire : « Puissè-je pratiquer pour que l’ensemble de tous les êtres puissent atteindre cet état d’éveil ». Il y a deux aspects importants à comprendre.

En fait, avoir le désir de pratiquer pour souhaiter que tous les êtres puissent atteindre l’Éveil, c’est le souhait d’acquérir un esprit très fort, sans peur qui nous donnera la force d’agir, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus un seul être dans les enfers, et s’il en reste un seul, c’est d’aller l’aider à le libérer. Pour ce seul être qui est dans les enfers, je suis capable d’aller dans les enfers et peu importe les difficultés que je pourrai rencontrer, je le ferai pour cet être-là. C’est cela même le cœur très fort ou cet esprit sans peur.

Ce que je vais faire, c’est mettre de côté la peur des apparences, des enfers les plus durs, tout ce que je pourrais endurer de plus dur, je vais au contraire développer de la joie dans mon esprit parce que je vais aider cet être.

Prenons l’exemple d’un cygne ou d’un héron. Quand il est sur un lac, il se promène dans cet étang avec une grande joie dans son esprit, il n’a absolument aucun doute quant à la joie qu’il éprouve à se baigner ou à être sur cet étang. De même, pouvoir aller sauver cet être qui se trouve dans les enfers devrait nous procurer la même joie dans notre esprit. C’est cela avoir ce cœur très fort ou sans peur. C’est cela qui est très vaste, et c’est un temps aussi très vaste. Pourquoi ce temps est-il très vaste ? Parce que nous faisons le souhait : « Jusqu’à ce que l’océan du samsara soit complètement vidé, je serais ici pour pouvoir libérer tous les êtres ». Alors, nous oublions notre propre bien et nous pensons au bien des autres. C’est cela le temps très vaste.

Il est nécessaire d’avoir cet Esprit d’Éveil continuellement dans notre esprit comme les bonnes fondations d’une maison, car si nous n’avons pas au départ cet esprit vaste au départ, notre esprit est comme empoisonné.

Quel est le sens de cela ? C’est au départ, avoir la pensée de l’Esprit d’Éveil. Nous sommes actuellement des êtres ordinaires. Donc dans un premier temps, nous devons examiner notre propre esprit, examiner que notre motivation de l’Esprit de l’Éveil ou la pensée l’Esprit de l’Éveil soit stable, sinon, ce n’est pas correct.

Au début de chaque texte tibétain, il y a : « Gya kar ké tou » c’est-à-dire : « Ce qui est dit en Inde », ou « Dans la langue indienne ». De la même façon que cette petite phrase est présente au début de chaque texte tibétain, il est important d’avoir cette motivation de l’Esprit d’Éveil, au début de toute pratique quelle qu’elle soit (récitation de mantras, méditation, tourner autour de stoupas).

Hekong Chatral Rinpoché a dit qu’il mettait ces mots parce que son maître lui-même les lui avait transmis ou lui avait dit. Lopön Pawo, c’est-à-dire le grand Maître Pawo a dit ceci :

Quand il y a le Dharma, il n’y a pas de compétition entre deux personnes, il n’y a pas de jugement de valeur entre deux personnes. Nous ne pensons pas pratiquer le Dharma pour devenir un grand érudit, un grand pratiquant ou pour pouvoir renaître dans un monde supérieur ou encore pour obtenir un royaume tel un roi. Ce n’est pas non plus pour notre propre bien, ce n’est pas pour faire mûrir en notre être notre propre bonheur, notre propre bien-être. Car le sens du Dharma est de pouvoir complètement éliminer les souffrances que les autres êtres peuvent expérimenter, c’est cela la pensée de l’Esprit d’Éveil. Voilà ce qu’est l’activité des bodhisattvas.

C’est pourquoi, si nous pensons et si nous pratiquons pour le bien d’autrui, notre propre bien est actualisé, est présent ou se fait automatiquement, alors que si nous faisons une activité uniquement pour notre propre bien, à ce moment-là, le bien des autres est complètement éliminé.Le fait qu’un roi se fasse construire un palais, que tout le monde travaille pour gagner de l’argent, ne part pas d’une bonne motivation, s’il le fait pour lui et non pour les autres. Et ce, même si en dernier ressort ce sont les autres générations qui jouiront de ces demeures, de ces richesses. L’esprit dans toute activité doit être, dès le départ, tourné vers le bien d’autrui. Si nous pratiquons en pensant au bien d’autrui, en pensant au bien des autres cela nous sera utile et cela sera utile aux autres. Donc, quoi qu’il en soit, le résultat sera le même, c’est-à-dire qu’il y aura un bénéfice pour autrui. C’est pourquoi, il est important d’avoir un esprit très vaste.

Question/Réponses

  • Est-ce que Rinpoché pense que l’on pourra un jour sauver tous les êtres ? Dans combien de temps ?
    Oui, on pourra libérer l’ensemble de tous les êtres. En fait, on ne peut pas dire qu’à un instant, tous les êtres seront libérés, cette libération se fait d’une manière progressive, mais elle peut avoir lieu dans la mesure où il est dit : « Tant que l’ensemble de tous les êtres ne seront pas libérés, il y a les Bouddhas », donc, s’il y a les Bouddhas, il y a libération des êtres. Et, peut-être que toi-même un jour si tu as cet Esprit d’Éveil ou la pensée, cet esprit très vaste présent, tu seras le Bouddha qui libèrera l’ensemble de tous les êtres ! Il y a mille deux Bouddhas qui apparaîtront durant des kalpas, c’est-à-dire durant des éons cosmiques pour libérer l’ensemble de tous les êtres et ce mille deuxième Bouddha, en fait, nous ne pouvons pas dire qu’il n’aura pas une activité, cela veut dire qu’il y aura avant mille et un Bouddhas qui apparaîtront pour pouvoir libérer les êtres. Nous pourrions nous dire qu’au mille deuxième Bouddha, il n’y aura plus d’êtres à libérer, ils seront tous libérés. Certes non, au moment de ce mille deuxième Bouddha, la libération de tous les êtres ne sera pas terminée c’est-à-dire qu’il aura à effectuer toute l’activité que les autres Bouddhas eux-mêmes ont pu effectuer avant lui. Donc peut-être qu’un être comme toi s’il développe cet esprit très vaste, pourra être ce Bouddha et libèrera l’ensemble de tous les êtres.
  • Quelle est la différence entre les Bouddhas et les bodhisattvas ?
    Entre les bodhisattvas et les Bouddhas, la différence, c’est la subtilité... Si nous voulons parler de la différence entre bouddhas et bodhisattvas du point de vue des terres, jusqu’à la huitième terre, c’est la terre des bodhisattvas, et après la huitième terre, il y a des terres en commun entre les Bouddhas et les bodhisattvas. Pour simplifier, en fait, nous pourrions dire que jusqu’à la huitième terre, c’est la terre des bodhisattvas. De la première terre à la huitième, c’est la terre des bodhisattvas. Est-ce qu’il n’y a pas un paradoxe à évoquer comme condition préliminaire cet abandon de la peur finalement qui nous rend capable de pratiquer pour tous les êtres, alors que finalement cet abandon de la peur, c’est finalement la disparition de l’égo, et donc quelque part le résultat ? En fait, pour ce qui est de l’esprit sans peur, quand nous parlons justement de ces préparatifs, de ces aspects secondaires, l’esprit sans peur est au niveau de la pensée c’est-à-dire que là, nous ne parlons pas d’un point de vue Dzogchen, le Dzogchen cela vient après. Donc, d’un point de vue préliminaire ou comme préparatifs, c’est la pensée de notre esprit qui doit être sans peur, il y a là une petite subtilité, une différence.

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