Centre Culturel Tibétain Dzogchenpa

Comment écouter l’enseignement

Enseignement de Chépa Dorjé Rinpoché - Paris, le 8 novembre 2001

L’esprit d’éveil. Qu’est-ce qu’un Lama ? Un Yidam ? Une Dakini ? Un Tulkou ? Comment écouter l’enseignement. L’exemple des trois défauts du récipient et des six souillures. La pratique sur le support du maître.

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Nous devons penser que nous écoutons cet enseignement pour que l’ensemble de tous les êtres dont le nombre est aussi vaste que vaste est l’espace puisse obtenir l’état d’Éveil.

Donc, comme nous l’avons vu auparavant, ce n’est pas très respectueux que les personnes jeunes ou bien portantes s’assoient sur une chaise, par contre il est important que les personnes qui sont malades ou plus âgées soient bien installées pour pouvoir écouter l’enseignement du Dharma.

Nous avons vu d’une manière générale quelles étaient les lois ou l’éthique à avoir dans le Dharma, mais malgré tout il est bien parfois de se les remémorer.

Il est important de détenir l’esprit d’Éveil, l’esprit du Bodhisattva.

Quand nous parlons de l’esprit d’Éveil qu’est ce que cela signifie ?

C’est être bénéfique à autrui, C’est avoir une activité pour le bien des êtres, c’est cela l’esprit d’Éveil. C’est ce que nous avons vu la dernière fois, quelles que soient les activités que nous effectuons, si c’est pour le bien des autres, alors cet esprit d’Éveil naît dans notre courant de conscience.

Et si, à l’inverse, l’esprit d’Éveil ne naît pas en nous, il faut un moyen particulier. Ce moyen particulier est de reconnaître notre propre souffrance et en reconnaissant notre propre souffrance, nous dire que nous ne sommes pas seuls à souffrir de cette manière et que l’ensemble de tous les êtres expérimente aussi cette souffrance. Nous ne devons pas penser à notre propre souffrance mais à la souffrance des autres. C’est ainsi que peut naître véritablement l’esprit d’Éveil.

Il y a un proverbe tibétain qui dit ceci : « Tout d’abord il y a le désir d’aller quelque part, la pensée d’y aller, et ensuite nous y allons véritablement ». Cela veut dire que tout d’abord nous pensons à l’esprit d’Éveil, nous nous entraînons à cet esprit d’Éveil, grâce à l’aspiration et ensuite nous le mettons en pratique. Il y a deux sortes de moyens de comprendre l’esprit d’Éveil, tout d’abord il est nécessaire de penser à l’esprit d’Éveil, de développer cette pensée en notre esprit d’Éveil, et puis petit à petit, nous pourrons véritablement le mettre en pratique.

C’est ainsi que nous devons développer l’esprit d’Éveil. S’il n’est pas né en nous, il est nécessaire d’utiliser comme moyen le fait de reconnaître notre propre souffrance, grâce à cette reconnaissance, nous allons penser que tous les êtres souffrent et expérimentent aussi cette souffrance. À partir du moment même où nous pensons à la souffrance de tous les êtres, immédiatement va naître dans notre esprit, le désir de pratiquer, et ce désir de pratiquer, c’est véritablement l’esprit d’Éveil.

Cet esprit d’Éveil est appelé l’esprit d’Éveil très vaste. Quand nous disons que cet esprit d’Éveil est très vaste, c’est le contraire d’un esprit étriqué, d’un esprit étroit, littéralement, d’un petit esprit. Dans cet esprit étroit, étriqué, il y a de la saisie. Dans un esprit très vaste, même si cet esprit est aussi vaste que vaste est l’espace, et que nous pensons aux êtres qui sont aussi nombreux que vaste est l’espace, il y a encore de la saisie, mais cette saisie est « plus vaste », dans le sens où nous ne pensons pas uniquement à nous-mêmes puisque nous faisons des souhaits pour l’ensemble des êtres. Il est nécessaire, pour commencer, de mettre de côté la pensée que l’on développe vis-à-vis de soi-même, pour rendre notre esprit plus vaste en englobant l’ensemble de tous les êtres, et quand cet esprit deviendra plus vaste, on se dira alors : « Si je ne pense plus à l’ensemble de tous les êtres, mon esprit deviendra encore de plus en plus vaste ! »

La dernière fois, nous avons parlé des Lamas, des Yidams (les divinités), et des Dakini. Lors du dernier enseignement, nous nous étions arrêtés au Lama.

Qu’est ce que le Lama ?

Le Lama est la sphère de vérité, qui est séparée de toute fabrication.

Qu’est-ce que la sphère de vérité séparée de toute fabrication ?

C’est l’esprit de chacun d’entre nous. Le Lama n’est pas extérieur, le Lama est intérieur. Si nous essayons de détenir le Lama extérieur, nous n’y parviendrons pas. Nous devons détenir le Lama intérieur. C’est à l’intérieur de notre propre esprit que nous devons nous tourner. Là, nous y verrons un observateur, celui qui pense.

Et nous allons nous poser la question suivante : « Est-ce que cet observateur, celui qui pense, a une forme ? A-t-il une couleur ? A-t-il un aspect particulier ? » Quand nous reconnaîtrons qu’il n’a rien de tout cela, nous serons dans la sphère de vérité.

L’essence même de l’esprit qui n’a pas de matérialité, qui n’a pas de forme, qui n’a pas d’aspect, c’est l’esprit de non-fabrication. Sa nature même est la compassion qui est non-obstruée. Cette compassion non-obstruée est semblable aux rayons du soleil. Cette compassion non-obstruée qui est comme les rayons du soleil, c’est ce que l’on appelle les Yidams, les divinités. Cet aspect de la sphère de la vérité, exempte de toute fabrication et cette nature qui est la compassion non-obstruée, ne sont pas séparés mais sont indifférenciés. Cette indifférenciation, c’est la Dakini. Tous ces aspects, de Lama, de Yidam et de Dakini, ne se trouvent pas à l’extérieur de nous, mais bien à l’intérieur de nous-mêmes. Donc, si nous demeurons dans cette compassion non-obstruée, sans absolument aucune distraction, c’est cela le Yidam, la divinité.

Celui ou celle qui a réalisé cet état est un Tulkou, il est une émanation. Un Tulkou fait véritablement le bien des êtres car il a complètement parachevé cette réalisation, il a parachevé le chemin, et puisqu’il a parachevé le chemin il a la possibilité de le montrer sans aucune erreur, pour le bien des autres êtres. Une telle personne est un Tulkou, c’est une émanation. Cet être-là qui a réalisé ces différents états n’a pas besoin que quelqu’un d’extérieur lui dise : Tu es une émanation, tu es un Tulkou ». Car d’une façon naturelle, cette personne l’est. C’est pourquoi je pense que le nom de Tulkou ou d’émanation que l’on donne, n’est pas ce qui est important, ce qui est important c’est d’en avoir véritablement réalisé le sens. Si une personne a réalisé ce sens profond, qu’il soit appelé Tulkou ou pas n’a absolument aucune importance, puisqu’il fait le bien des êtres. Ce nom de Tulkou ou d’émanation peut être donné de façon juste ou de façon injuste, mais ce n’est pas cela qui est important. La personne qui a naturellement réalisé cela est un Tulkou, cette personne est naturellement une émanation, un Bodhisattva.

C’est ainsi que cette personne va aller dans un endroit pour discipliner l’esprit des êtres, pour le bien des êtres. Quand l’esprit des êtres sera complètement discipliné, complètement parachevé, il ne reste pas dans cet endroit mais, il va ans un autre endroit pour pouvoir à nouveau aider d’autres êtres, pour discipliner leur esprit. Les Bodhisattva ont cette activité, les Tulkou ont cette activité, et il y a même des êtres complètement ordinaires, dans le sens qu’ils ne sont pas reconnus comme Bodhisattva ou Tulkou, qui ont cette activité, c’est-à-dire que tout ce qu’ils font est pour le bien des êtres, ils ne le font pas pour leur propre bien.

Voici l’histoire d’un Bodhisattva. C’est une histoire qui se passait en Chine sur la colline de Manjushri. Quelqu’un avait entendu parler d’un Bodhisattva, du nom de Tchokpakpa, qui vivait sur cette colline de Manjushri. Il demanda à une de ses connaissances qui se rendait dans cet endroit, d’apporter une lettre à ce Bodhisattva. Lorsque le messager arriva sur place, il demanda à tout le monde : « Où se trouve ce Bodhisattva, Tchokpakpa ? » Et tout le monde répondit : « On en a entendu parler mais on ne sait absolument pas où il est ». Il chercha ainsi plusieurs jours, sans rencontrer Tchokpakpa. Il faut savoir que le nom du Bodhisattva en tibétain « pakpa » veut dire soit « noble », soit « cochon », la différence est une question d’accent. Donc, finalement il se dit : « Je ne trouve pas ce Bodhisattva, donc je vais donner cette lettre à un cochon, et comme ça, il la mangera ». Effectivement, il jeta la lettre à un cochon qui pour qu’il la mange, mais en réalité ce cochon était le Bodhisattva. Ce dernier finalement mourut car le moment de discipliner les êtres était pour lui terminé et il put alors s’en aller au-delà de ce monde.

Que signifie cette histoire ?

Le sens de cette histoire est que nous ne savons absolument pas qui est un Bodhisattva, cela peut être n’importe quel individu. Qui peut dire : « Telle personne est un Bodhisattva, ou telle autre ne l’est pas, telle personne est Bouddha ou tel autre ne l’est pas » ?

Le Bouddha lui-même a dit :

Si on n’a pas la Vue, qui peut dire telle personne est un Tulkou, ou ne l’est pas, telle personne est un Bodhisattva ou ne l’est pas, telle personne est un Bouddha ou ne l’est pas ?

Nous n’avons absolument pas la possibilité de le savoir.

C’est pourquoi, quand nous regardons un individu et que nous disons : « Untel a un très grand désir, ou une grande colère », comment pouvons-nous savoir véritablement si cette personne est un grand Bodhisattva ou pas. Il y a de nombreuses histoires qui illustrent cela, en ce qui concerne par exemple des Yogis indiens, ces grands maîtres réalisés indiens.

Tilopa avait l’habitude de pêcher des poissons, de les griller et de les manger. D’une manière extérieure, nous aurions pu dire : « Tilopa est un grand pêcheur, un grand tueur de poissons ». Et si nous avions vu Marpa d’une manière extérieure, ne reconnaissant pas qui il est véritablement, nous aurions pu penser : « Ce Lama est tout le temps très en colère ». Il y a aussi cette histoire avec Milarépa. Quand Naro Peuntchong rencontra Milarépa à la fin de sa vie, il lui dit : « Tu es vieux et tu n’as absolument aucun habit, mais tu n’as vraiment rien ! ». Cela veut dire que de l’extérieur, nous ne pouvons absolument pas savoir si le courant de conscience de la personne est pur ou impur.

Pourquoi est-ce que je vous dis cela ?

C’est pour dire qu’il est important que nous reconnaissions les apparences pures les uns vis-à-vis des autres. Il est bon d’entraîner son esprit à voir les apparences pures.

Donc voilà pour la motivation.

Maintenant, il y a la motivation de l’activité. C’est-à-dire que, tout d’abord, nous avons vu la motivation. Le deuxième aspect c’est l’activité même. Durant l’écoute de l’enseignement, il y a certaines lois à tenir, une certaine éthique à avoir. Il y a l’activité de ce qu’il est nécessaire d’abandonner et l’activité de ce qu’il faut pratiquer.

Donc que faut-il abandonner ?

Si vous avez déjà lu le livre du Chemin de la Grande Perfection de Patrul Rinpoché, vous savez qu’il y a l’exemple des trois défauts du récipient, puis celui des six souillures.

Le premier défaut est celui du récipient posé à l’envers. Il correspond au fait de ne pas écouter d’une manière correcte les enseignements. Dans ce cas nous sommes comme un récipient retourné : quelle que soit l’eau qui y est versée, rien ne reste dans ce récipient. Le sens est que si nous venons pour écouter le Dharma et que nous ne sommes pas attentifs à ce qui est dit, peu importe le temps que nous allons passer à écouter cet enseignement, comme dans la tasse retournée, rien ne peut entrer dans notre esprit.

Si nous sommes à l’enseignement, que nous écoutons l’enseignement, mais qu’en même temps nous avons beaucoup d’agitation dans notre esprit, alors nous sommes semblables à un récipient qui serait percé. Peu importe le liquide que nous y versons, il ne peut pas y rester. Là, il faut faire attention. Si cela fait de nombreuses années que nous écoutons le Dharma et que nous le pratiquons, que notre esprit ne devient pas plus vaste, c’est le signe que nous n’écoutons pas d’une manière correcte, que nous ne comprenons pas d’une manière correcte. Notre esprit est comme le récipient percé où l’eau ne demeure pas. Peu importe alors le nombre d’enseignements écoutés, nous ne pouvons pas détenir le sens du Dharma, parce que nous n’avons pas la possibilité de discipliner notre courant de conscience et toutes sortes d’émotions arrivent, orgueil, colère…

Si nous n’avons pas la foi, la dévotion, la vision pure, alors notre esprit est semblable à du poison. Cela est l’exemple d’une tasse qui serait sale. Si nous y versons du thé, nous ne pouvons pas le boire, il est bon à jeter car il est sale. Si nous nous disons : « Je connais le Dharma ! », alors nous développons de l’orgueil, nous n’avons pas véritablement la possibilité de retirer quelque chose de l’enseignement du Dharma. Mais si à l’inverse, nous reconnaissons que nous pouvons ne pas avoir de foi, de respect, de dévotion et que nous nous disons que nous allons essayer, alors l’enseignement du Dharma pourra nous être bénéfique. Mais tant que nous avons toutes sortes d’émotions perturbatrices dans notre esprit, celles-ci sont comme du poison, et quoique nous versions dessus, cela devient empoisonné, donc ce n’est pas bon.

Maintenant, quelles sont les six souillures dont le noble Pakpa Youknien a parlé ?

Tant qu’il y a de l’orgueil, il n’y a pas de foi donc ce n’est pas le sens du Dharma. Si notre esprit est agité vers l’extérieur et que nous pensons à toutes sortes de choses comme : « Qu’est ce que je vais manger aujourd’hui ? » ou « Et ensuite qu’est ce que je vais faire ? », c’est un premier défaut. Si, nous sommes fatigués et que notre esprit est toujours dans cet état de fatigue, là aussi c’est un défaut parce que nous n’avons pas la possibilité, dans ces deux états, d’écouter d’une manière correcte le Dharma.

Nous allons reprendre l’exemple de l’orgueil. Qu’est-ce que l’orgueil ?

Si nous pensons que nous avons autant de connaissance que le Lama pendant l’écoute de l’enseignement, c’est cela l’orgueil, ce n’est pas correct, c’est un défaut. Si nous développons des vues erronées quant à celui qui montre le chemin, là aussi c’est une erreur. Si nous ne retenons pas le sens de l’enseignement que nous avons entendu, c’est le deuxième défaut.

Donc, comme nous l’avons vu, il convient d’éviter que notre esprit soit dans l’agitation et de nous dire par exemple : « Qu’es- ce que je vais faire aujourd’hui » ? « Qu’est-ce que je vais faire après ? » car alors nous ne sommes pas dans une bonne disposition.

Il y a des choses à retenir, dans le sens de « détenir ». Par exemple, saisir les mots, sans en avoir le sens et se dire : « Oh, c’est vraiment beau ce qui est dit ! » mais ne pas avoir la compréhension du sens, ne pas détenir le sens, n’est pas correct.

D’autres personnes, à l’inverse, penserons : « Ce sens est vraiment bien », donc elles vont saisir le sens, mais ne vont pas retenir les mots. Ce n’est pas correct non plus. C’est pourquoi il est dit qu’il est important de retenir autant les mots que le sens des mots. Si nous ne retenons que les mots mais pas le sens, dans le futur, cela ne nous aidera pas pour comprendre le sens. A l’inverse si nous ne saisissons que le sens et pas les mots, dans le futur, quel moyen aurons-nous pour pouvoir utiliser ce sens ?

Puis il y a le défaut de saisir le sens d’une manière erronée. Par exemple comprendre le sens du Grand Véhicule et le placer dans le sens du Petit Véhicule. Ou encore de lire ce qu’il y a « en haut », de le saisir comme si c’était « en bas », et inversement, de lire ce qui est « en bas » et de le saisir comme si c’était « en haut ».

Tous ces exemples sont des erreurs ou des inversions de sens. Ce sont tout autant de choses qu’il faut s’efforcer d’abandonner dans l’activité. C’est pour cela qu’il est important, durant l’écoute de l’enseignement, de vraiment détenir, de garder dans notre esprit, autant les mots que le sens de ces mots, d’une manière indifférenciée.

On continue en disant que sur le support du maître, nous avons la possibilité de comprendre le sens du Dharma. Sans le support du maître, il est absolument impossible d’avoir le moindre sens, même d’un seul mot. Ainsi, il faut véritablement s’entraîner au Dharma, car si nous ne nous entraînons pas, ce n’est pas d’un grand bienfait.

Le noble Loundroup, un grand érudit de la Voie du Milieu, a dit que celui qui connaît l’érudit, devait s’entraîner. Sans cet entraînement, cet apprentissage, nous ne pouvons pas dire que cette personne est un érudit. Il est véritablement nécessaire de pratiquer. Le Bouddha Shakyamuni a dit qu’au départ il devait y avoir cet entraînement, il a dit que le Bodhisattva devait passer par cet apprentissage, cet entraînement car pour comprendre le Dharma, il faut s’entraîner, pour pratiquer le Dharma, il faut s’entraîner. Pour réciter des mantras, il faut s’y entraîner. Pour la phase de création « kyérim », au départ, il faut s’entraîner. Sans entraînement, il n’y a pas de Dharma possible, il n’y a pas de pratique possible. Et ce, plus particulièrement dans la pratique de la méditation, pour laquelle il est nécessaire d’avoir un maître de pratique. C’est sur le support du maître que l’entraînement est possible. Sans ce support il n’y a pas de méditation possible. Parce qu’il ne suffit pas de se dire « Voilà, je me pose ainsi et je médite », il y a en réalité toutes sortes d’êtres vivants, d’animaux, qui sont capables de ça, les ours sont capables de se mettre droits, comme ça. Si nous restons ainsi en méditation, mais qu’en même temps notre esprit est complètement agité, nous ne pouvons pas dire que c’est de la méditation. C’est pour cela qu’il faut particulièrement s’entraîner. En méditant, il n’est pas possible, dans l’immédiat, de ne pas avoir de pensées car il y a agitation. Mais grâce à l’entraînement, petit à petit, nous pourrons véritablement méditer.

Si vous avez des questions …


  • Peut-être que la recherche d’Éveil doit être sans espoir, parce que ce n’est pas l’éveil qu’on doit rechercher, mais c’est vraiment aider les autres, sans chercher de bénéfice pour soi-même. Est-ce que c’est ça ?

    C’est quoi l’espoir pour toi ?
  • L’espoir, c’est se dire « je vais aider les autres, comme ça j’aurai du bénéfice »

    Quand on aide autrui en pensant « je vais avoir un bénéfice quelconque », alors on n’a pas le moindre bénéfice.
  • Ça veut donc dire qu’il faut que ce soit quelque chose de naturel, mais au fond, tout ça nous dépasse un peu, ça fait jouer la confiance absolue, de ne pas chercher midi à quatorze heures et de le faire naturellement ?

    Qu’est-ce que tu entends par naturel ?
  • C’est-à-dire que ça se passe naturellement, ça fait naturellement plaisir, au fond c’est comme si je mangeais un gâteau au chocolat.

    Si tu penses obtenir du chocolat, tu ne penses pas à obtenir le bien des autres.
  • Justement, comment savoir si c’est le bien, si je ne suis pas en train de piétiner ? Quelquefois des gens peuvent souffrir, on a beau leur donner conseil, on n’arrive pas à les aider.

    Oui, bien sûr, cela montre bien justement que l’on n’a pas l’esprit d’Éveil. Il est vraiment nécessaire de développer cet esprit d’Éveil, que justement ce n’est pas comme manger du chocolat.
  • Ce que je voulais dire, c’est comme quelque chose de manière naturelle, je n’arrive pas à expliquer, il y a toujours une saisie, c’est ce que je veux dire. En fait il faut peut-être grandir aussi et aider les autres tout en grandissant. En fait quand on pratique, la saisie passe, on aide automatiquement les autres.

    En fait oui, effectivement, en aidant les êtres naturellement, cet esprit très vaste se développe, mais c’est quelque chose de spontané, c’est-à-dire que l’on ne pense pas à cet esprit qui devient très vaste. C’est quand on n’y pense pas que, véritablement, il devient spontané et naturel. À partir du moment où l’on se dit, ou si même la plus petite parcelle de notre esprit se dit :« je vais au travers de cela obtenir le bonheur », on ne peut pas l’obtenir, car la pensée devient empoisonnée, au travers de cette petite pensée. Mais souvent, c’est à partir de ce poison qu’on finit par aller vers le Dharma. Avant de venir au Dharma, on constate sa souffrance, on constate que l’on veut acquérir le bonheur, donc on vient au Dharma, et l’entendre développe la confiance, et peut-être qu’après on est amené à avoir un esprit plus vaste. Mais c’est quand même de ce poison qu’est né le Dharma. Cette saisie initiale, elle était nécessaire n’est-ce pas ? C’est ce que je dis tout le temps, quand je dis que c’est au travers de l’expérience de notre propre souffrance que l’on peut ensuite aider les autres. C’est-à-dire que pour commencer, les plus grands maîtres accomplis ont expérimenté une souffrance incommensurable, et c’est sur la base de cette souffrance-là qu’ensuite ils ont pu développer leur pratique. En même temps, on ne peut pas dire que tous les êtres qui expérimentent la souffrance vont pratiquer le Dharma ; il faut aussi qu’il y ait le temps, le mérite et le karma, pour qu’il y ait la circonstance, pour que l’être, à cause de cette souffrance, puisse rencontrer le Dharma et le mettre en pratique. Car certains êtres expérimentent une grande souffrance, mais ils ne vont pas du tout pratiquer le Dharma, ils vont peut-être même arriver à l’extrémité de se tuer. C’est pour cela qu’il est important, pour ces êtres-là, de faire des souhaits, pour l’ensemble de tous les êtres. Car dans la prière du Tsok elle-même, il est dit que nous devons effectuer les deux accumulations, celle des mérites et de sagesse. Mais en même temps, il ne faut pas placer d’espoir dans cette accumulation même, car s’il y a espoir, on n’accumule rien.
  • Est-ce qu’il n’y a pas une incompatibilité entre le fait d’accumuler des mérites, et celui où l’on est dans un état d’ignorance, puisqu’on souhaite accumuler des mérites ? À partir du moment où il y a ignorance, on agit toujours en vue d’une satisfaction personnelle donc on ne peut jamais accumuler du mérite. Comment est-ce qu’on peut sortir de cet état d’ignorance ?

    Dans cette ignorance, effectivement, il n’y a pas la possibilité d’accumuler, c’est absolument impossible, car il y a cet espoir de satisfaction, de bonheur, personnels. Donc le moyen de se sortir de cet espoir est de penser à l’autre, dans la mesure où il y a l’espoir pour soi-même, et l’espoir pour l’autre. Mais l’espoir pour l’autre est forcément différent de celui pour soi-même, car on désire véritablement faire le bien des autres. Alors nous pourrons sortir de notre espoir, de l’espoir qui est lié à notre propre satisfaction.
  • Mais le piège, justement, quand on cherche le bonheur de l’autre, c’est aussi pour se faire plaisir.

    Si effectivement on fait le bien des êtres pour notre propre satisfaction, alors ça ne va pas, c’est que l’on pense trop, on n’est pas véritablement dans l’action d’aider l’autre.
  • Justement, ce qui se passe c’est que dans l’ignorance, comme on agit toujours dans le but d’une satisfaction, si on cherche à développer la satisfaction des autres, ce sera toujours par recherche d’Éveil. Comment est-ce qu’il est possible malgré tout, d’accumuler des mérites dans cette situation ?

    Si on pense qu’en aidant autrui on pourra atteindre l’éveil, la libération sera très difficile à l’atteindre, et l’on ne l’obtiendra pas.
  • Alors comment sortir de cela ?

    Il faut oublier son propre bien. Il faut juste penser au bien de l’autre.
  • Est-ce que la solution n’est pas ce que vient de dire Rinpoché à l’instant, c’est-à-dire dans la méditation de faire le vide ? Alors il n’y a plus le désir de quelque chose ?

    Effectivement quand on est dans cette vacuité, alors tout est fini. Mais le problème, c’est qu’on ne peut pas être dans cet état de vacuité.
  • La phase de création est-elle une phase de conceptualisation ?

    Oui, bien sûr il y a conceptualisation dans la phase de création.
  • Mais pour faire le vide, on ne fait pas une phase de création ?

    Il faut bien comprendre le sens de la phase de création. Le sens est justement de reconnaître que tout ce que l’on fait à ce moment-là n’est pas quelque chose de matériel. Tout ce que l’on visualise est immatériel. C’est semblable à un rêve, c’est semblable à une lumière, ça n’a absolument aucune matérialité. Et, c’est justement à travers cette phase de création qu’on reconnaîtra, que l’on aura la compréhension, que notre monde n’a pas de réalité intrinsèque.

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