Centre Culturel Tibétain Dzogchenpa
Enseignement

Le bardo du rêve - 3/12

Chépa Dorjé Rinpoché - Paris, le 26 mars 2001.

L’errance dans le samsara - reconnaître la souffrance, en comprendre la cause -la quête du bonheur - le bonheur dans le Dharma - la reconnaissance de la souffrance comme point d’ancrage dans la pratique du Dharma - le Bardo du rêve : la saisie des phénomènes et les moyens pour s’en libérer - reconnaître que tout est semblable à un rêve ni souffrance - la posture - la visualisation - la maîtrise de la reconnaissance du rêve

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Tout d’abord nous devons penser à développer l’esprit d’éveil en pensant à tous les êtres qui sont dans la souffrance du samsara et dont le nombre est aussi vaste que vaste est l’espace, et penser que grâce à l’écoute de cet enseignement sur les six Bardos, nous allons pouvoir les libérer. Nous commençons en disant : « l’ensemble de tous les êtres qui se trouvent dans l’océan de la souffrance ». Qu’est-ce que cela veut dire ?

Cela signifie que tous les êtres sont dans cette souffrance du cycle des existences. Comment est cette souffrance ? Elle est comme l’océan. En tibétain qu’est-ce que cela veut dire ? L’océan est par nature, très vaste et très profond, la souffrance des êtres est aussi vaste et aussi profonde que l’océan. Quand le corps s’arrête, meurt, l’esprit, lui, continue et c’est l’esprit qui erre dans le samsara, qui continue dans le cycle des existences. Tant que la nature même de notre esprit ne se libère pas, cet esprit est dans cette errance. L’ensemble des êtres est dans cette expérience.

Avant toute chose, il faut comprendre la souffrance et pour la comprendre nous la ressentons. Nous ressentons à travers notre esprit tout le temps, nous ressentons chaque jour, du matin au soir, nous ressentons différentes choses à travers notre esprit. Il ne suffit pas de reconnaître dans cet esprit la souffrance que nous pouvons avoir car cela ne suffit pas pour nous en libérer. De même si nous comprenons la sensation de bonheur que nous pouvons avoir en notre esprit, cela ne nous en libère pas non plus. Dans le monde animal, les grands animaux mangent les petits animaux et les petits animaux vivent dans les grands animaux et mangent donc aussi les grands animaux. Les uns les autres se dévorent sans fin, cela est la cause même de la souffrance. Nous n’avons pas la possibilité d’obtenir le bonheur. Un jour je te mange, le lendemain tu me manges, indéfiniment.

Tout être, même le plus petit insecte, désire accomplir le bonheur. Chacune de ses activités est dirigée vers l’obtention de ce bonheur. Il va obtenir un bonheur véritable, la félicité, mais un bref instant. Quand nous parlons d’un bonheur temporaire, nous pouvons le ressentir le soir ou quand nous nous amusons, mais ce bonheur est éphémère, il ne dure pas.

A l’inverse il y a la félicité que nous pouvons obtenir à travers le Dharma. Mais si nous n’avons pas une compréhension de cette félicité, nous ne pouvons pas la réaliser. Ce bonheur du Dharma ne peut être réalisé que s’il est compris.

Il faut avoir confiance dans Dharma car c’est grâce à cette confiance que nous pouvons réaliser ce bonheur véritable. Pour développer cette confiance, il est nécessaire de rentrer en apprentissage du Dharma, c’est-à-dire d’avoir l’écoute, la réflexion et la méditation, pour développer une confiance qui deviendra spontanée.

La première racine de la pratique c’est la reconnaissance de notre souffrance, car sinon nous prenons le bouddhisme comme un passe-temps.

De nombreux Lamas viennent en Occident et en France et nous transmettent beaucoup d’initiations et d’enseignements. Pourquoi cela ne nous apporte-t-il pas véritablement de grands bienfaits ?

Parce que nous n’en comprenons pas le sens véritable, ni le sens de notre propre souffrance. Nous prenons cela comme un jeu, un passe-temps. Il y en a même certains qui vont parler de l’initiation, mais qui n’en donnent pas le sens véritable. Si nous ne comprenons pas le sens véritable d’une initiation elle ne peut pas être effective, ni nous apporter de bienfait. Il faut véritablement comprendre le sens profond pour recevoir toute la bénédiction de l’initiation.

Certains donnent des enseignements alors qu’ils n’ont même pas la compréhension véritable de la souffrance. Ils ne peuvent donc pas avoir une véritable compréhension des textes du Dharma, de leur sens profond et du sens profond du Bouddhisme. C’est pourquoi en un premier temps, il est nécessaire de comprendre ce qu’est la souffrance et l’expérience que nous en avons. Ayant une véritable compréhension, alors seulement, nous voudrons nous en libérer, connaître les moyens de nous en libérer et nous les donner.

Il faut cette compréhension de l’expérience de la souffrance. Par exemple si j’ai faim et que je n’examine pas d’une manière correcte mon esprit, si je vois le moindre animal qui peut me permettre de me nourrir, je vais vouloir le tuer et le manger. Je n’ai pas une bonne compréhension car si je fais cet acte ce sera la cause d’une souffrance. Je ne vais peut-être pas avoir immédiatement le plein effet de mon acte mais dans le futur ce sera forcément une cause de souffrance.

Il ne faut pas penser que parce que certains êtres sont petits ils n’expérimentent pas la souffrance. Les plus petits êtres expérimentent eux aussi la souffrance. Il y a des êtres vivants qui ont la possibilité de s’exprimer, de dire : « je suis en train de souffrir ». Il y en a certains autres qui ne le peuvent pas, ce n’est pas pour autant qu’ils n’expérimentent pas la souffrance.

Dans le bouddhisme nous parlons des êtres qui embrassent complètement l’espace, précisément car la souffrance embrasse tout l’espace.

Dans l’enseignement des Six Bardos, nous sommes arrivés au Bardo du rêve. Là encore il est nécessaire de s’entraîner pendant le Bardo de cette vie. En fait c’est dans le Bardo de la naissance que les êtres ont une énorme saisie sur les phénomènes. Dans ce même Bardo de cette vie, nous devrons nous libérer de cette saisie sur les phénomènes. Pour cela il y a différents moyens.

Pour les êtres ordinaires tels que nous, quand quelqu’un nous parle mal nous allons saisir ces sons comme quelque chose de négatif et nous mettre en colère. Pour le grand méditant – le Neldjorpa –, que nous lui disions de bonnes paroles ou de mauvaises paroles c’est exactement pareil. Il n’y a aucune différence.

Pour s’entraîner les pratiquants considèrent la vacuité des sons : la vacuité-sonorité. Par exemple, ils vont dire des paroles négatives contre eux-mêmes et puisqu’ils sont dans la montagne, l’écho va leur renvoyer leurs paroles. Ils vont ainsi s’entraîner avec cet écho.

De cette manière, si un jour une personne leur dit quelque chose de négatif, ils ne répondront pas, ils ne se mettront pas en colère. Nous disons que c’est la libération de la parole car s’il y a eu auparavant un entraînement sur cette parole, peu importe ce qu’une tierce personne va leur dire, bonnes paroles ou mauvaises paroles, ce sera égal.

Nous allons nous entraîner de même avec le corps. Après nous être lavés nous allons nous regarder dans un miroir et reconnaître que nous sommes propres et bien habillés. Un autre jour, nous serons sales. Nous nous regarderons dans le miroir et verrons que nous sommes sales. Il n’y aura plus de saisie ni dans l’aspect positif et beau de notre corps ni dans son aspect négatif et sale. Nous verrons que cela est uniquement le reflet du corps.

Si nous faisons ainsi nous nous rendrons compte que ce corps est comme le reflet du miroir et alors nous n’aurons plus de souffrance puisque nous reconnaîtrons que le reflet du miroir n’expérimente aucune souffrance ni aucun bonheur. Grâce à cet entraînement, nous reconnaîtrons que notre corps n’est que le reflet du miroir. C’est comme un rêve, il n’y a plus ni souffrance, ni bonheur. Notre esprit, depuis des temps sans commencement est ainsi.

Si notre esprit est ainsi depuis des temps sans commencement, pourquoi souffrons-nous, pourquoi expérimentons-nous de la souffrance ? Si nous voyons tout comme un rêve, comme une illusion, alors il n’y a plus de saisie. Il ne peut plus y avoir de saisie puisque c’est comme un rêve. Si nous faisons tout le temps ainsi et si nous pouvons reconnaître que notre vie diurne est exactement comme un rêve, une illusion, au moment de notre sommeil nous reconnaîtrons quand nous comlençons à rêver. A ce moment précis, il y aura indifférenciation entre l’aspect nocturne et l’aspect diurne. De jour comme de nuit nous serons à chaque fois comme dans un rêve, une illusion.

Si nous réussissons à ne plus avoir de saisie, quand nous ferons preuve de générosité, celle-ci ne sera plus empreinte de saisie, quand nous ferons un acte positif pour les êtres, là encore, cela ne sera plus empreint de saisie. Nous accumulerons alors un très grand mérite. Si nous faisons preuve de générosité avec saisie, il y un aspect négatif, tandis que sans saisie, nous accumulons un grand mérite.

Nous disons que c’est la libération de l’opacité mentale qui nous aveugle au moment de notre rêve. Pouvoir reconnaître que nous sommes dans un rêve nous libère de cette opacité mentale.

Il y a quelques moyens à mettre en œuvre au moment de notre sommeil.

Par exemple, la posture. Nous pouvons mettre notre tête dans la direction du Nord et nous endormir sur le côté droit avec notre main droite au niveau de notre joue droite, notre main gauche et notre bras gauche le long de notre corps. Il faut aussi avoir nos jambes bien allongées. Malgré que nos jambes soient bien tendues, il faut quand même qu’elles soient détendues sinon nous ne pouvons pas dormir. Notre corps est comme un objet : si nous le mettons toujours comme cela, il va naturellement et avec détente se positionner de la même manière.

Nous allons visualiser, au niveau de notre gorge, un tiglé – c’est-à-dire notre propre esprit. Notre propre esprit doit être visualisé comme la divinité propre à chacun. Je ne sais pas si en France vous avez une divinité propre à chacun. Pour certains, c’est peut-être un cochon parce que parfois nous être dans un sommeil lourd. Alors nous sommes comme un cochon, donc la divinité est la divinité cochon et nous sommes sous le pouvoir de l’opacité mentale.

Si nous n’avons pas, à ce moment-là, une divinité particulière, nous pouvons par exemple visualiser Guru Rinpoché. Cela peut être Guru Rinpoché ou pour certaines personnes Chenrezi, Tara ou encore Yéshé Tsogyal, tout dépend de la divinité qui est propre à chacun.

Quand nous parlons de divinité, en tibétain cela se dit Yidam, ce qui signifie : « l’engagement pris par notre esprit ». Donc, ce n’est pas quelque chose que nous allons dire à l’extérieur. Nous n’allons pas proclamer : « je pratique ce Yidam-là ». C’est un engagement que nous prenons envers nous-même et que nous gardons à l’intérieur de nous.

Pour certaines personnes de tradition catholique, cela peut-être une image catholique bien sûr, puisque cette tradition est ancienne et vraiment en nous. Nous pouvons prendre un Saint catholique par exemple. Cette divinité, peu importe laquelle, doit être visualisée toute petite, comme la première phalange du pouce. Elle doit irradier d’une très forte lumière, très claire, très vive et nous devons la voir précise, sans aucune distraction dans notre esprit au moment de notre sommeil. Si nous visualisons ainsi au moment de notre sommeil, nous allons véritablement maîtriser notre rêve, le reconnaître. Il est important d’avoir ce rappel, cette vigilance de se dire : « maintenant, je vais être introduit au rêve, je vais reconnaître mon rêve ». Il est important de s’endormir l’esprit concentré uniquement sur cette vigilance de la reconnaissance du rêve.

Le lendemain matin, quand nous nous réveillons, peut-être aurons nous maîtrisé le rêve, reconnu que nous étions dans un rêve, peut-être pas. Mais si nous ne l’avons pas reconnu, il ne faut pas se : « ah la la ! Je n’ai pas reconnu mon rêve », mais plutôt se dire : « Maintenant encore, je suis dans un rêve, je suis dans une illusion. Voilà, je suis introduit à mon rêve ». Si le matin nous pensons ainsi c’est vraiment d’un grand bienfait, cela va pouvoir véritablement nous aider.

Ne pas se dire qu’en faisant une, deux ou trois fois cet exercice, nous allons maîtriser et reconnaître le rêve. Cela peut prendre plus de temps. Cela peut prendre un mois, cela peut prendre deux mois ou cela peut prendre un ou deux jours. Dans le texte, il est dit qu’il est tout à fait possible qu’en un mois, nous ne maîtrisions pas le rêve, nous ne reconnaissions pas le rêve, mais qu’en deux mois cela soit possible. Tout dépend de nos propres obstacles. Si nous avons des tendances fondamentales très fortes, très lourdes, cela demandera beaucoup plus de temps. Si ces tendances fondamentales sont plus légères, cela ira plus vite.

Nous avons reçu toutes sortes de moyens de méditation à travers le Bardo de cette vie. Si nous faisons ces pratiques, ces méditations, il n’y a absolument pas besoin de faire d’autres méditations. En pratiquant de cette manière, spontanément, naturellement nous allons maîtriser le rêve, reconnaître que nous sommes dans un rêve. Parce que si nous sommes introduits par un maître authentique à notre propre esprit et que nous méditons cette introduction, nous allons reconnaître que toutes les apparences sont de la nature du rêve et n’aurons aucune saisie sur ces apparences. Et naturellement, spontanément, cette reconnaissance et cette non-saisie des apparences va apparaître dans notre esprit, aussi bien éveillées que dans notre rêve, sans effort de notre part. Cette manière de faire est la plus excellente.

Pouvoir nous dire que toutes les apparences de notre monde sont comme un rêve, comme une illusion, ce sont encore des pensées mais, malgré tout, à travers ces pensées, nous pourrons maîtriser le rêve et cela va nous aider.

Au moment de nous endormir nous mettons notre main sur notre joue droite. Dans les différentes traditions, avec notre auriculaire, nous bouchons l’orifice de notre bouche, avec l’annulaire nos deux narines, avec l’autre doigt nos deux yeux et avec notre pouce notre oreille. Cela veut dire que nous obstruons les neufs portes et cela peut justement nous aider à avoir cette maîtrise du rêve.

Faites-le d’une manière détendue car si vous le faites trop fort, vous allez bloquer tous les orifices et vous allez finir par mourir dans la nuit. Soyez détendus dans le mouvement sinon vous n’allez pas du tout maîtriser le rêve, ni même reconnaître que vous êtes dans un rêve car vous n’allez pas rêver du tout : vous serez si concentrés à tenir tous vos doigts que vous n’allez pas dormir de la nuit ! Je rigole, mais voici le moyen de pouvoir maîtriser le rêve, de pouvoir reconnaître que nous sommes dans un rêve. Maintenant, nous allons méditer quelques minutes…


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