Centre Culturel Tibétain Dzogchenpa
Enseignement

Le bardo de la méditation


Pratique des trois espaces – égalité entre les activités et les sessions de méditation – méditer : rester détendu, ne rien chercher à l’extérieur de soi, ne rien fabriquer par les trois portes (corps – parole – esprit).

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Maintenant, nous sommes dans le Bardo, l’État Intermédiaire de la Méditation, de la Concentration. Quand nous parlons du Bardo de la Méditation, cela revient à parler du Dzogchen. Quand nous parlons du Bardo, de l’État Intermédiaire de la Méditation, nous parlons de l’essence de notre esprit. Auparavant nous avons parlé des Trois Cieux, des Trois Espaces.

Dans ce texte, il est fait référence à cette pratique des Trois Espaces (ou des Trois Cieux).

Tout d’abord il y a l’espace extérieur, c’est l’espace qu’il y a en face de nous, un espace intermédiaire vide. Il y a toutes sortes d’espaces. Il y a l’espace à l’intérieur d’une maison, l’espace à l’extérieur, le ciel. C’est le même espace.

Voilà pour l’espace extérieur. L’espace intérieur est relié aux yeux, il est relié en fait à l’eau qui se trouve dans les yeux, aux larmes et aussi au cœur. Un canal relie le cœur et les yeux, ce canal est vacuité, il est vide.

Puis, il y a aussi l’espace secret. L’espace secret se trouve dans le cœur. C’est la propre nature de la sagesse, de la connaissance, Rigpa.

Qu’est-ce que cela veut-il dire ?

Pour cette pratique des Trois Cieux, nous allons voir à travers nos yeux, Rigpa, la Connaissance. Il y a ce qui s’appelle les larmes de la libératrice. Nous allons poser notre regard dans l’espace en face de nous et ainsi, la sagesse pourra apparaître spontanément.

Quand notre regard se pose dans l’espace, nous ne devons avoir absolument aucune pensée. Nous ne devons pas pratiquer non plus, nous ne devons pas voir. En fait, naturellement, la Vue, cette vision va apparaître. Quand nous sommes dans cette vision, il n’y a absolument aucune pensée qui apparaît, il n’y a aucune saisie, en fait, il y a juste la clarté. C’est de cette manière que nous devons pratiquer. Cette pratique des Trois Espaces est dans le texte qui fait aussi référence à la Posture en Sept Points.

Si nous regardons de cette manière dans l’espace, les yeux ouverts, nous n’avons pas de pensée dans notre esprit. Il en est ainsi parce qu’il y a une relation entre les yeux et le cœur à travers ces canaux. De cette manière, nous pouvons voir la connaissance émerger. Dans cette pratique, il est nécessaire de ne pas avoir de pensée dans notre esprit. Il faut vraiment qu’à travers nos yeux, nous regardions la Sagesse. Quand nous regardons cette Sagesse, Rigpa, la Connaissance à travers nos yeux, il ne doit y avoir absolument aucune pensée dans notre esprit. A cet instant, nous ne sommes pas dans la méditation, il n’y a absolument rien qui fait référence à la méditation, mais nous sommes juste dans cet état où nous voyons Rigpa. Dans cette pratique, dans cet état plutôt, il n’y a ni agitation, ni saisie dans notre esprit car nous pouvons avoir de la non-agitation dans notre esprit tout en ayant de la saisie.

Dans cet état-là, il n’y a ni agitation, ni saisie.

Malgré le fait qu’il n’y ait pas d’agitation ni de saisie dans notre esprit, il y a une très grande clarté. En un instant nous comprenons. Quand nous arrivons à cet état, nous pouvons dire que nous sommes dans l’État Intermédiaire de la Méditation. il n’est pas difficile de l’obtenir. Notre corps doit être dans la Posture en Sept Points de Vairocana et nous devons juste déposer notre regard en face de nous dans l’espace sans avoir de pensée.

Quand nous sommes dans cet état, nous ne pouvons pas dire que nous sommes en session ou que nous ne sommes pas en session de méditation ou de concentration. Mais puisque nous sommes encore sous l’emprise de nos émotions, les sessions de méditation, de concentration sont nécessaires actuellement.

Pourquoi cela ?

Les êtres ordinaires - les débutants - ont un esprit différent quand ils pratiquent et quand ils ne pratiquent pas. Quand nous mangeons ou quand nous ne mangeons pas, notre esprit est différent, quand nous accomplissons une activité ou quand nous n’en faisons pas, notre esprit est différent. Effectivement, si nous posons notre regard dans l’espace, nous pouvons obtenir un certain état mais cet état change. Cet état, quand nous mangeons, nous ne pouvons pas l’obtenir. C’est pour cela, en fait, qu’il faut faire ces sessions de méditation. Tout d’abord, ces sessions doivent être de courte durée. Après avoir fait ces courtes sessions un certain temps, petit à petit, nous pourrons les allonger. Elles peuvent devenir plus longues au fur et à mesure de l’entraînement.

Dès que nous avons terminé la session de méditation, il ne faut pas reprendre nos autres activités tel un fou. Il faut conserver un lien entre nos activités ordinaires et notre session de méditation. Nous devons nous entraîner pour qu’il n’y ait pas de différence entre les sessions de méditation et toutes nos activités. L’entraînement est nécessaire. Une fois que nous avons reconnu Rigpa, la Connaissance, nous devons nous entraîner à la voir et à la reconnaître dans toute chose. Quand nous parlons, quand nous restons dans un endroit, quand nous allons dans un autre endroit… en fait dans toutes les activités que nous pouvons avoir.

Il est tout d’abord nécessaire, d’avoir l’attention, la vigilance sur le chemin de l’activité pour pouvoir reconnaître cette Connaissance. Puis petit à petit nous n’aurons plus besoin de cette vigilance, de l’attention.

Il se peut que nous avons une certaine stabilité de cet état au moment de notre session de méditation. Si nous n’avons pas cette stabilité dans les activités ordinaires, cela ne va pas nous aider. C’est pourquoi, en fait, quand nous avons reconnu Rigpa, nous devons vraiment nous entraîner à ce que cette Connaissance soit présente dans toutes nos activités. S’il en est ainsi, ensuite, nous pouvons obtenir l’état d’un grand yogi, d’un Nedjorpa, d’un grand méditant. Les sensations que nous pouvons avoir et le Dharma devront véritablement être indifférenciés. En fait, nous ne pouvons pas dire : « Voilà, la sensation et ma méditation dans le Dharma, c’est la même chose ». Nous devons nous entraîner. Il faut vraiment que cette sensation, c’est-à-dire que les activités soient indifférenciées de notre propre concentration. Ces deux mots ne sonnent pas bien en chinois, mais il y a vraiment un terme en tibétain qui dit exactement cela qu’il n’y a pas de différence avec les activités.

C’est à chacun d’expérimenter l’indifférenciation entre la Connaissance dans nos activités et dans la méditation ou la concentration. C’est quelque chose que nous pouvons vraiment obtenir.

A ce moment-là, nous disons que la méditation, c’est la non-méditation. Actuellement, quand nous disons que nous méditons, ce n’est pas la véritable méditation. Dans cet état-là de Connaissance, la plus grande méditation, c’est la non-méditation.

Il est dit dans le texte que l’ensemble de tous les phénomènes est vide, vacuité. Puisqu’il en est ainsi, puisque tout est vacuité, qui y a-t-il y a à méditer ? Il n’y a rien à méditer puisque tout est vacuité. L’ensemble de toutes les apparences phénoménales est vacuité, notre esprit est vacuité. Comme il en est ainsi, l’ensemble de tout cela est non-né. Puisque cela est non-né, il y a non-obstruction, cela n’est pas obstrué.

L’Absorption Méditative Parfaitement Pure est appelée ainsi puisque tout est non-né et que tout est non-obstrué. Puisque cela est non-né, puisque cela est non-obstrué, il n’y a pas de lieu où demeurer. Ainsi puisque tout est vacuité et qu’il y a non-naissance, non-obstruction et non-lieu, c’est l’Absorption Méditative Parfaitement Pure. Le Bouddha Shakyamouni a dit que cet état était inexprimable par des mots, puisque l’ensemble de tous les phénomènes et de tout notre esprit étaient non-nés, non-obstrués et qu’il n’avaient pas de lieu où demeurer. L’essence même de notre esprit est inexprimable par des mots et c’est cela la Grande Sagesse qui est non-née, non-obstruée et qui est sans lieu. Ainsi l’essence de cet esprit est semblable à l’espace.

C’est cela la sagesse, ce n’est pas le mental, l’aspect intellectuel de notre esprit, mais cela est véritablement la Connaissance, la Sagesse.

Quand le Bouddha Shakyamouni dit que ce n’est pas l’intellect, que ce n’est pas le mental, cela veut dire que ce ne sont pas toutes nos pensées que nous pouvons développer au travers de nos six organes des sens. Ce ne sont pas les pensées que nous développons à travers l’organe de l’ouïe, de la vue, de l’odorat, du goût, même par l’organe de la conscience, c’est au-delà. Quand nous allons au-delà de ces six sens nous obtenons la Sagesse, c’est l’obtention de Rigpa, de la Connaissance.

Au-delà de ces six organes des sens, il y a une très grande clarté, cette clarté c’est Rigpa, c’est la Connaissance.

Nous pensons qu’au-delà de ces six organes des sens, il n’y a rien. Mais c’est justement quand nous sommes au-delà de ces six organes sensoriels et de ces pensées que nous pouvons développer véritablement Rigpa, la Connaissance. En fait, ces six organes sensoriels ne sont pas nécessaires. Nous pouvons littéralement les jeter car au moment de notre mort, ils n’existeront pas. Il faut avant tout, dans cette vie-ci, reconnaître la nature de notre esprit. Sinon, quelle est l’utilité de jeter ces six organes des sens ? Naturellement, ces six organes sensoriels ne seront plus présents au moment de notre mort. Mais si nous n’avons pas eu la reconnaissance de la nature de notre esprit, au moment de notre mort, à nouveau, toutes sortes de pensées apparaîtront.

Donc, en fait, pour l’instant, il y a attachement à cause de ces organes sensoriels, c’est pourquoi il faut aller au-delà de cet attachement.

Cet état de non-attachement est la vacuité et dans cette vacuité, il n’y a pas de méditation. En fait, nous ne pouvons pas dire qu’il y a méditation ou qu’il n’y a pas de méditation. Quand dans la méditation, nous pensons que nous méditons, ce n’est pas la méditation car il y a la saisie. La saisie dualiste apparaît sur cette méditation au travers du fait de dire « Je suis en train de méditer. » ou de penser que nous sommes en train de méditer.

Dans cet état nous n’avons pas à chercher la méditation. Parce que si nous la cherchons, nous ne la trouvons pas, nous ne l’obtenons pas. Ce serait comme si je cherchais mon rosaire alors qu’il est autour de mon cou. Car en fait, celui qui cherche « fait » de la méditation, il cherche quoi ? Il cherche la méditation.

Le Bouddha Shakyamouni a dit que l’ensemble de tous les êtres se mentaient à eux-mêmes, se perdaient eux-mêmes car ils allaient chercher à l’extérieur, les traces de l’éléphant qui se trouve à l’intérieur d’eux-mêmes.

C’est pour cela qu’il n’y a pas à chercher la méditation, il y a juste à rester dans l’état de méditation. Ne pas chercher la méditation mais simplement rester détendu, ne pas méditer mais rester dans cette détente, en fait, c’est cela méditer.

Celui qui reste détendu, celui-là est dans la méditation. Celui qui reste détendu sans saisie, est dans la méditation. Celui qui cherche à méditer n’est pas dans la méditation. Malgré le fait que nous pouvons parfois rester détendus, par manque de stabilité de l’esprit, toutes sortes de pensées peuvent survenir, et nous pouvons commencer à « chercher » la méditation. A cet instant nous devons adresser une prière fervente à notre Lama. En lui adressant cette prière, la sagesse va s’accroître, se développer dans notre esprit et finalement, nous allons pouvoir acquérir la stabilité dans cette reconnaissance.

Le sens même, la signification de la pensée du Bouddha, c’est que Rigpa, la Connaissance, émerge d’elle-même, apparaît naturellement, spontanément d’elle-même, il n’y a absolument rien à chercher, cela apparaît spontanément.

Lire des enseignements sur le Dzogchen, écouter des enseignements sur le Dzogchen peut nous apporter une certaine compréhension mais cette compréhension n’est pas cet état qui apparaît spontanément. Cette compréhension ne fait pas la réalisation de l’individu, ne fait pas que l’individu est véritablement un pratiquant du Dzogchen. Le texte du Dzogchen contient la vérité, mais l’individu n’a pas cette réalisation, n’a pas cet état. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas saisir les mots et les sons du Dzogchen. Car nous ne pouvons pas acquérir ainsi l’état naturel et spontané.

Nous disons encore que la non-méditation, c’est la méditation. Nous ne pouvons pas dire : « Cette méditation est terminée. ». Non, car c’est vraiment quand il y a non-méditation qu’apparaît spontanément, naturellement, la méditation.

Il faut être sans pensée et ne pas méditer. En tibétain, quand nous disons « Ne pas penser » ou « Ne pas être dans l’esprit », c’est ne pas avoir toutes sortes de pensées et « Ne pas méditer », c’est ne pas méditer une divinité ou visualiser une divinité.

Il ne faut pas pratiquer, il n’y a rien à fabriquer au travers de nos trois portes, c’est à dire au travers de nos corps, parole et esprit.

Qu’est-ce que cela veut dire « ne rien fabriquer au travers de nos corps, parole et esprit » ?

Corps : nous ne devons avoir aucune activité, nous devons abandonner toutes les activités.

Parole : il est dit qu’il ne faut pas parler mais en fait quand l’on dit ne pas parler, c’est aussi ne pas réciter de mantra ou ne pas réciter de texte ou de rituels.

Esprit : il ne faut absolument avoir aucune fabrication mentale au niveau de notre esprit, il faut juste demeurer dans l’état.

Si nous méditons de cette manière, il n’y a ni jour, ni minute, ni temps. Le temps n’existe plus. S’il n’y a pas de temps, toutes nos activités, toutes nos journées, tout cela est à jeter.

Nous pourrions peut-être penser : « Tous les disciples de Chepa Dorjé Rinpoché ont tout abandonné, ils ne font absolument plus rien !« . Peut-être que la police va m’attraper à cause de cela. Mais s’il n’y a ni jour, ni heure, ni temps, il n’y a même plus de police. Donc voilà, tout est fini, il n’y a plus de méditation non plus. Nous allons quand même méditer quelques minutes ou plutôt, nous n’allons pas « méditer ». Dans le Sutra du Cœur, dans la Prajnaparamita, nous avons vu à un moment donné dans le texte : » Il n’y a pas de tête, pas d’yeux, pas de nez, pas d’oreille, et il n’y a pas de Dharma". Voilà, il n’y a pas de Dharma ! Mais quand nous disons qu’il n’y a pas, c’est qu’il y a.

mala


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