Centre Culturel Tibétain Dzogchenpa
Enseignement

Le transfert de conscience

Chépa Dorjé Rinpoché - Paris, le 28 juin 2001

Transfert de Conscience du Corps de Jouissance - Transfert de Conscience du Corps d’Émanation.

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Pensez que nous allons écouter cet enseignement pour libérer les êtres dont le nombre est aussi vaste que vaste est l’espace, de la souffrance du samsara, afin qu’ils atteignent l’état de Bouddha.

Nous en sommes toujours au Powa, le Transfert de Conscience. Nous avons maintenant terminé les instructions concernant le Transfert de Conscience du Corps de Vérité et nous passons au deuxième Transfert de Conscience qui est celui du Corps de Jouissance.

Ce transfert s’adresse aux personnes qui développent bien la visualisation, mais qui n’ont pas réalisé la vacuité, ni eu une compréhension de la vacuité. Ce Powa fait référence à nous car nous n’avons peut-être pas la possibilité d’effectuer la phase de création et la phase d’achèvement, nous n’avons peut-être pas la compréhension véritable de ces deux phases. Quoiqu’il en soit, comme le transfert du Corps de Vérité est très difficile à obtenir, nous pouvons essayer celui-ci.

Quand nous savons que nous devons mourir, si nous pouvons rester dans la Posture en Sept Points de Vairocana, c’est le mieux. Si cela n’est pas possible, nous pouvons être allongés, la tête au nord.

Nous allons visualiser comme nous le faisons dans cette vie. Mais au lieu de visualiser notre Lama Racine au sommet de notre tête, nous visualiserons un lotus sur lequel se trouve un disque de soleil et un disque de lune si la divinité est paisible et le contraire si la divinité est courroucée. Sur ce siège de lune, notre Lama Racine qui aura les ornements du Corps de Jouissance de Dorjé Sempa, Dorjé Chang ou Chenrezi. Il est dit que nous devons méditer les divinités avec lesquelles notre esprit est le plus stable, celles que nous pratiquons le plus particulièrement dans cette vie ci.

Si nous ne connaissons pas le Dharma, peut être n’y aura-t-il pas vraiment de divinités qui pourront apparaître. Alors qu’entendons-nous par divinité ?

En tibétain ce mot se compose de deux syllabes YI, c’est l’esprit et DAM, c’est l’engagement, littéralement, c’est le lien de l’esprit. Nous visualiserons donc la divinité avec laquelle nous avons un lien particulier et prononcerons son mantra. C’est une divinité dont nous ne parlons généralement pas à l’extérieur, c’est secret, nous la gardons pour nous, nous n’en parlons pas. C’est cela la divinité. Peut-être que nous n’en avons pas vraiment jusqu’à présent. Enfin je pense que si vous n’avez pas particulièrement de lien avec une divinité, il serait bien de prendre pour divinité Guru Rinpoché, surtout dans les temps dégénérés où nous sommes. En faisant des souhaits, Guru Rinpoché est très prompt et il y a vraiment une grande bénédiction à le choisir comme divinité. La foi que vous allez développer à l’égard de Guru Rinpoché, les prières que vous lui adressez, que ce soit quand vous êtes dans le bien-être ou dans la souffrance, (peu importe votre état d’esprit) tisseront un lien d’esprit avec lui. Il sera votre divinité.

Il est bon de méditer une divinité, en faisant ainsi, c’est comme si nous méditions cent divinités. Atisha a dit en parlant des tibétains qui aimaient les choses nouvelles que tel jour ils pratiquaient Chenrezi, le lendemain Guru Rinpoché, le surlendemain Tamdrin. Au bout du compte, à la fin de leur vie, ils ne pratiquaient aucune divinité complètement. Atisha disait lui-même : « Nous autres Indiens, ne faisons pas ainsi. ». Car ils avaient l’esprit stable. Ils choisissaient une divinité et pratiquaient jusqu’à la pleine réalisation de cette divinité. Atisha a dit : « Si nous réalisons une divinité, c’est comme si nous réalisions cent divinités. ». Il est bien, si nous avons une confiance envers une divinité, de pratiquer uniquement celle-ci. C’est à ce moment-là qu’il faudra bien examiner notre esprit car si nous pouvons acquérir un esprit stable grâce à une divinité, cela nous évitera au moment de la mort de nous poser des questions telles que : « Quelle divinité vais-je visualiser ? ». Si au moment de la mort nous nous posons toutes sortes de questions, notre esprit ne sera pas stable et cela ne sera d’aucune aide. D’autant plus qu’à ce moment-là, nous aurons besoin d’un esprit stable. Si nous avons exercé notre esprit avec une divinité, au moment de notre mort, elle viendra plus facilement.

Voici l’histoire d’Atisha et d’un de ses disciples, Droupchenpa. Ce dernier était un grand érudit qui se trouvait au Tibet, Atisha l’y rencontra. Droupchenpa discuta avec Atisha des grandes divinités, de tout ce qu’il connaissait. Atisha dit :
« Je ne sais pas pourquoi je viens au Tibet, tu es très savant mais quelle pratique fais-tu ? ». Droupchenpa répondit qu’il lui fallait faire toutes les pratiques qu’il avait pu étudier.
Atisha lui répondit : « Tu es sans doute très érudit mais au niveau du sens, là, tu es vraiment stupide ! Si seulement tu concentrais ton esprit sur juste une divinité, sur Guru Rinpoché et que tu réalisais cette divinité et cette pratique, alors tu les réaliserais toutes. »
C’est pour cela que dans cette pratique de Powa, du Transfert de Conscience, nous pouvons chaque jour, tout le temps, penser que Guru Rinpoché se trouve sur ce siège de soleil et de lune au sommet de notre tête, nous n’aurons n’aura pas de doute et spontanément Guru Rinpoché apparaîtra.

Nous devons donc visualiser en essence notre Lama Racine, sous l’aspect de Guru Rinpoché avec tous les ornements du Corps de Jouissance. Nous allons visualiser à l’intérieur de notre corps, le canal central blanc à l’extérieur, rouge à l’intérieur, irradiant de lumière. A quatre doigts en dessous du nombril, juste à l’intersection des trois canaux, une petite sphère (thiglé) de couleur blanche. Le thiglé va se transformer en une syllabe qui est celle de la divinité choisie, par exemple pour Guru Rinpoché, cette syllabe est la lettre Houng de couleur bleue. Si nous visualisons Chenrezi, ce sera le Hri de couleur blanche, si nous visualisons Manjushri ce sera un Di de couleur jaune. Ensuite comme nous l’avons vu lors des enseignements précédents, nous visualiserons un Houng qui émanera du cœur et ira fermer les neuf orifices inférieurs et supérieurs du corps. A visualiser évidemment au moment de notre mort et pendant l’entraînement du Transfert de Conscience. Il est tout à fait possible qu’au moment de notre mort, nous n’ayons pas la force que nous avons à présent. Si nous n’avons pas la possibilité de penser que nous fermons les orifices, nous devons à ce moment-là n’avoir aucune pensée. Nous devons alors avoir l’esprit concentré en un seul point dans le canal central. Nous devons bien serrer les muscles pelviens et de l’anus pour que les souffles du bas remontent. Nous devons avoir les yeux bien ouverts. Notre langue sera placée à la racine des dents au palais. Nous devons particulièrement faire remonter les souffles du bas vers le haut et devons bien concentrer notre esprit sur le Houng de couleur bleue qui est notre esprit. Nous faisons les différentes séries de « Hic » pour faire remonter le tiglé. Progressivement notre esprit va remonter jusqu’au niveau de notre cerveau. Nous avons vu que nous devions visualiser lors des entraînements du Powa, un Hang renversé de couleur blanche au-dessus de notre tête, il permet à la conscience de redescendre sous le nombril après les exercices. Au moment de notre mort, nous n’avons pas besoin de cela car nous n’avons pas besoin que notre conscience soit bloquée. A ce moment-là, nous penserons que notre conscience va se fondre dans l’esprit de Guru Rinpoché ou de la divinité choisie, notre lien d’esprit. Quand notre esprit se fond dans le cœur de la divinité, nous pensons qu’elle se fond dans son cœur et nous n’avons pas besoin de faire redescendre notre conscience. Alors nous restons dans la non-conceptualisation, dans l’état d’indifférenciation.

Si nous pouvons mourir ainsi, notre esprit devient indifférencié avec l’esprit de la divinité et nous pouvons renaître dans un des cinq paradis purs et obtenir l’état de Rigpa, la connaissance et le Corps de Jouissance.

Pour ce Transfert de Conscience du Corps de Jouissance, des signes apparaissent attestant que ce Transfert de Conscience a été effectué. Dans le ciel, peuvent apparaître des arcs-en-ciels, des lumières ; ce sont des signes extérieurs. Pour les signes intérieurs, au niveau de la fontanelle, des bulles de sang ou de la lymphe peuvent sortir. Pour les signes secrets, nous pouvons trouver des reliques précieuses, des ringsels (pillules précieuses) de Guru Rinpoché ou Yeshé Tsogyal par exemple. Quand nous incinérons cette personne ayant atteint cet état de réalisation, d’autres manifestations peuvent apparaître telles que des lettres gravées sur leurs os, des ornements de divinités, par exemple le mala de Chenrézi ou l’épée de Manjushri ou de petites statuettes de divinités apparaissant spontanément des os du mort.

Donc, à présent, nous avons reçu les deux instructions qui concernent le Transfert de Conscience du Corps de Vérité et le Transfert de Conscience du Corps de Jouissance. Il y a en fait une petite particularité. Si vous le souhaitez, plus tard, vous pourrez poser des questions après y avoir réfléchi. Maintenant je continue les instructions du texte. De même que préparer un repas et le manger sont deux choses différentes, de même il y a aussi une différence entre ce que nous allons faire au moment de notre mort et ce que nous faisons durant l’entraînement.

Nous passons maintenant au troisième Transfert de Conscience, celui du Corps d’Émanation. A nouveau, nous réglons notre posture. Les personnes très malades peuvent rester couchées dans la position du Bouddha Shakyamuni comme lorsqu’il s’en est allé en paranirvana, la tête dans la direction du nord, la bouche dans la direction de l’ouest. Il est bon d’avoir devant son visage, une statue ou tanka de la divinité que l’on médite. Sengyé Menla ou le Bouddha Maitraya, c’est bien aussi. Si vous n’avez pas toutes ces représentations différentes, vous pouvez placer une photo de votre ami spirituel. Quoiqu’il en soit, il faut que ce soit quelqu’un que vous aimez bien. Enfin quand on dit cela, peut-être qu’en Occident nous pensons, mon ami, ma petite amie, etc, mais ce n’est pas ça. Si nous pensons ainsi, nous aurons de la souffrance, cela serait le signe d’un esprit étriqué. Donc, pas de photos de vos petits amis ! Il faut un bon autel, devant lequel nous allons nous confesser et regretter nos fautes. Si nous n’avons pas la possibilité de faire des offrandes réelles sur cet autel, nous pouvons les imaginer. Nous devons penser :
« Je vais mourir et je fais le souhait de renaître dans un corps d’émanation et de revenir sur cette terre pour aider l’ensemble de tous les êtres. Je fais le souhait d’avoir un esprit très vaste pour aider tous les êtres, je souhaite renaître avec ce Corps d’Émanation. Je fais le souhait à la suite de tous les Bouddhas et Bodhisattvas, de faire le bien de tous les êtres ».

Si nous faisons ces souhaits, nous renaîtrons ainsi avec un Corps d’Émanation. Après avoir fait ces souhaits, nous devons faire toute la visualisation du canal central, ayant fermé tous les orifices avec les Houng bleus, visualiser l’essence de Rigpa sous forme du thiglé lumineux de couleur blanche que nous faisons monter peu à peu jusqu’au sommet de la tête. A ce moment-là, notre conscience s’échappera par la narine gauche, car nous penserons à la photo ou à la thangka (peinture traditionnelle représentant une divinité) en face de nous. Si nous réalisons cela, nous revenons véritablement pour le bien de tous les êtres et nous reprenons naissance en temps que corps d’émanation.

Donc encore et encore, nous devons faire cette visualisation, penser que notre conscience va se fondre dans la photo en face de nous. Si nous n’en avons pas, nous visualiserons cette divinité ou notre maître, puis nous nous fondrons en lui. De cette manière, nous aurons un lien avec le Dharma et c’est cette connexion qui nous permettra cette renaissance et cette capacité à faire le bien des êtres.

De même que précédemment, des signes intérieurs et extérieurs vont apparaître. Les signes extérieurs sont que, dans un ciel immaculé, peuvent apparaître des nuages en forme de l’arbre qui exauce tous les désirs, de l’arbre de la boddhi ou d’une kata. Il peut y avoir une pluie de fleurs ou de la neige comme une pluie de fleurs d’arcs-en-ciel. Les signes intérieurs sont que de la narine gauche va s’écouler du sang ou la boddhicitta blanche. Quant aux signes secrets, les os prennent toutes sortes de couleurs différentes, comme les couleurs de l’arc-en-ciel et la partie haute du crâne ne brûle pas durant l’incinération.

Les instructions du Transfert de Conscience du Corps d’Émanation sont terminées. Nous avons reçu les trois instructions concernant le Transfert de Conscience du Corps de Vérité, du Corps de Jouissance et du Corps d’Émanation. Ces trois Transferts de Conscience s’effectuent quand nous avons eu la possibilité de nous entraîner ou quand il y a une longue maladie pour la même raison.

Maintenant, si nous mourons subitement, dans un accident de voiture, par exemple, dans ces cas là ces trois sortes de Powa ne peuvent être pratiquées. Nous manquons de temps, la visualisation ne peut pas se faire. Dans ce cas, nous faisons le Transfert de Conscience Immédiat.

Réfléchissez à toutes les questions qui peuvent vous venir concernant le Powa, sur les différents Transferts de Conscience, sur l’intérêt de la pratique, si vous n’avez pas pratiqué, etc. Exercez-vous. Si lors de la méditation, vous avez des questions, posez-les. Il faut que tout soit très clair dans votre esprit.


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