Centre Culturel Tibétain Dzogchenpa

Sagesse et compassion

Conférence de Chépa Dorjé Rinpoché à Tours, le 18 juin 2001

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Chépa Dorjé Rinpoché est intervenu sur le thème « Sagesse et Compassion » dans le cadre du Festival sur l’Art Sacré organisé par « Musiques et Images du Monde ». Ce festival a eu lieu à l’Hôtel de Ville de Tours.

Dans le Bouddhisme, la manière dont nous allons nous entraîner nous permettra d’obtenir l’Esprit d’Éveil, d’obtenir la paix dans notre esprit. C’est pour cela que nous pratiquons le Bouddhisme, afin de transformer notre esprit si nous n’avons pas un bon état d’esprit. Nous le transformerons pour obtenir ce bon état d’esprit, cet état d’esprit excellent. À partir de ce moment-là, nous pourrons arrêter la cause de la souffrance. Pour pouvoir arrêter cette cause de la souffrance, le Bouddha Shakyamuni a donné 84000 enseignements. Et le plus important est de développer Esprit d’Éveil

Quand nous disons « l’esprit », nous parlons de celui qui sait s’il y a mal-être, de celui qui va ressentir le mal-être. Le mal-être, en fait, n’est rien d’autre que l’esprit. En réalité, nous souhaitons, dans notre esprit, faire toutes sortes d’activités mondaines dans le but d’obtenir le bien-être, le bonheur. Mais toutes les activités que nous pouvons faire ne conduisent pas au bonheur. Le résultat en est la souffrance.

Le moyen pour obtenir le bonheur, c’est l’esprit lui-même. C’est l’énergie de notre propre esprit, c’est cette nature spontanée de l’esprit qui va nous permettre d’obtenir ce bonheur. Actuellement nous n’avons pas la capacité de le reconnaître ; de voir l’énergie de notre propre esprit. C’est grâce aux Bouddhas et aux Bodhisattvas que nous allons obtenir la force de l’esprit, car nous n’avons pas la capacité par nous-mêmes de pouvoir l’obtenir. Pour obtenir cela, il faut ne plus avoir d’émotions et il faut s’entraîner à ne plus en avoir. Si nous avons de trop fortes émotions, il n’est pas possible d’acquérir cette énergie.

Quand nous parlons d’émotions, tout le monde sait ce que cela veut dire. Tout le monde a pu ressentir l’émotion de la colère, l’émotion du désir et de l’attachement. Ces émotions, en fait, apparaissent spontanément. Il n’y a pas une seule personne qui n’ait pas ressenti l’émotion du désir, de l’attachement, de la colère, de l’opacité mentale. Nous n’avons pas la possibilité, comme les Bouddhas et les Bodhisattvas, de ne plus avoir ces émotions car nous pensons que ne plus avoir ces émotions veut dire ne plus ressentir, ne plus avoir de sentiments. Cela est une pensée des êtres de notre monde.

Dans la tradition bouddhiste nous pensons qu’en priorité nous devons avoir une prise de conscience et développer l’Esprit d’Éveil. Afin de faire naître en nous cet Esprit d’Éveil, il faut réfléchir ; il faut avoir une bonne compréhension de ce qu’est l’impermanence, de la loi de cause à effets, des défectuosités du samsara.

En fait, tout d’abord, il y a l’impermanence. La vie est impermanence. Nous ne pouvons absolument pas savoir quel sera le moment de notre mort. Dans une famille, il peut y avoir plusieurs enfants. Nous pouvons penser que le plus jeune des enfants ne sera pas le premier à mourir, pourtant, peut-être que cet enfant plus jeune va mourir en premier.

Cela veut dire que nous n’avons aucune maîtrise sur notre vie et que nous n’avons aucun pouvoir sur le temps. D’heure en heure, de jour en jour, le temps passe et nous ne savons pas à quel moment nous allons mourir. Au moment de la mort, nous aurons différentes émotions : désir, colère, opacité mentale et ce, d’une manière très forte, cela nous procurera beaucoup de souffrances.

Ce que nous allons expérimenter provient de notre esprit et c’est par l’esprit que nous expérimenterons de la souffrance ou du bonheur. Si nous commettons des actes vertueux, le résultat en sera du bonheur, du bien-être. Si nous commettons des actes non-vertueux, le résultat en sera de la souffrance. Nous pouvons alors nous rendre compte par nous-mêmes que toutes les activités de ce monde quand elles s’accroissent – et elles s’accroissent de plus en plus – amènent plus de souffrances. Toutes ces activités sont la cause de nos souffrances, ont les appellent les « défectuosités du samsara ». C’est-à-dire que nous faisons aujourd’hui une activité et demain une autre. C’est sans fin et cela conduit à toutes sortes de souffrances. C’est cela que nous entendons par les « défectuosités du samsara ». Si nous réfléchissons à cela et au fait que tout ce que nous faisons, nous le faisons grâce à notre esprit, que c’est notre esprit qui crée toutes ces choses, alors peut apparaître la prise de conscience. La prise de conscience ne doit pas être développée seule, il est important de développer aussi l’Esprit d’Éveil.

Que signifie « Développer l’Esprit d’Éveil » ?

C’est reconnaître que c’est notre esprit qui crée cette souffrance et que l’ensemble de tous les êtres sont exactement comme nous, ils ne souhaitent pas cette souffrance mais malgré tout, ils endurent et expérimentent cette souffrance. C’est véritablement du fond du cœur, du fond de notre esprit qu’apparaît la pensée de pratiquer pour pouvoir libérer l’ensemble de tous les êtres, c’est cela l’Esprit d’Éveil. C’est cela l’Esprit d’Éveil pour le bien d’autrui, pour le bien des autres.

Dès lors nous pouvons faire preuve de générosité, de don. Pas une générosité pour se faire plaisir à soi-même, mais une générosité pour le bien des autres. Car si nous sommes généreux pour nous-mêmes, le résultat en sera de la souffrance. Au contraire si nous sommes généreux pour le bien des autres, il y aura vraiment un bénéfice dans ce geste de don que nous aurons. C’est bien de garder à l’esprit la pensée que faire un don, faire preuve de générosité, c’est pour le bien d’autrui, pour être bénéfique à autrui. Ce n’est pas de penser : « je fais preuve de don parce que je suis content, cela me réjouis de donner à autrui ». Il y a deux états d’esprit différents, il y a celui qui est pour son propre bien et l’état d’esprit qui est pour le bien des autres, ces deux états d’esprit proviennent de notre esprit.

Nous avons aussi à faire preuve de patience. Tout d’abord, ce sera d’avoir une bonne compréhension de la souffrance du samsara, du cycle des existences. Ainsi, lorsque quelqu’un va se mettre en colère, ce sera de reconnaître qu’il se met en colère parce qu’il n’est pas dans le bien-être, mais dans un mal-être et que c’est pour cette raison qu’il se met en colère. Nous allons ainsi en prendre conscience et développer de la patience vis-à-vis de cet être-là et ne pas nous mettre en colère.

Si, véritablement, nous développons cette générosité, si nous développons cette patience, la racine même de l’orgueil ne pourra appraître, l’orgueil n’apparaîtra pas. Si nous faisons ainsi, la Paramita de la Sagesse pourra apparaître spontanément dans notre esprit parce que nous ne ferons pas toutes ces activités pour notre bien. Nous pourrons alors parler de transformation de l’esprit. Si nous obtenons véritablement cet Esprit d’Éveil dans la paix, dans la pacification, alors toutes les activités pour le bien d’autrui nous remplirons d’une grande joie. Nous pourrons parler alors de détente.

Cette détente signifie la non-saisie. Il y a une détente spontanée, une non-saisie spontanée qui apparaît. Quand nous suivons ce cheminement, nous obtenons la persévérance. La persévérance signifie que nous faisons le bien d’autrui en le faisant avec beaucoup de joie. Pour reparler de la générosité, alors nous n’allons pas nous dire « Je donne tout mon temps. Oh là ! Mon temps est précieux »… ou bien… « Je n’ai pas envie », ou « Je n’ai pas le temps de donner de mon temps ». Non ! Nous faisons tout cela avec une grande joie, une joie spontanée.

Si nous possédons cette sagesse, nous n’avons plus d’orgueil, nous n’avons plus de jalousie, nous n’avons plus les trois émotions que nous avons évoquées tout à l’heure. Ainsi nos qualités peuvent s’accroître. A l’inverse, si nous avons de l’orgueil, nos qualités intérieures ne pourront pas se développer et nous ne pourrons pas apprécier, aimer les autres êtres. Si nous avons de la jalousie, nous avons de la jalousie pour l’ensemble de tous les êtres, ce qui va créer le fait que nous ne puissions pas avoir véritablement de bons amis.

Cependant, si nous pouvons obtenir tout ce dont nous avons parlé, comme une sorte de récipient qui serait parfaitement propre, parfaitement lavé, dans lequel nous pourrions y déposer toutes sortes de nourriture, cela n’irait pas car cela voudrait dire que nous sommes encore en train d’errer dans les cycles de l’existence. C’est pourquoi, en plus de cela, il est nécessaire d’avoir la Vue Parfaitement Pure.

Qu’entendons-nous par la Vue Parfaitement Pure ?

Dans la Prajnaparamita, le Soutra du Cœur, nous disons que la forme est, en essence, vide. Tout d’abord, que devons nous comprendre ? Nous devons comprendre que toutes les apparences proviennent de notre propre esprit. C’est à chacun d’entre nous de reconnaître, d’examiner le fait que toutes les apparences du monde phénoménal proviennent de notre propre esprit. Toutes les apparences phénoménales sont véritablement notre propre esprit. Nous pouvons, par exemple, commencer à examiner ainsi : ce soir, nous nous trouvons ensemble, je suis en train de donner un enseignement, vous écoutez cet enseignement et donc, toutes les apparences que vous pouvez entendre et voir, proviennent de votre esprit.

D’une manière générale quand les apparences nous apportent de la souffrance, nous disons : « Oh là, là, ça je n’aime pas ! Il faut que je les stoppe ! » Il n’y a pas besoin de les arrêter, il n’y a pas besoin de les stopper. C’est parce que nous saisissons toutes les apparences que survient la souffrance dans notre esprit, c’est à travers la saisie que notre souffrance apparaît.

Qu’entendons-nous par « saisie » ?

Si un objet se trouve devant nous, en lui-même, il ne nous nuit pas, il ne nous apporte rien. Si nous disons : « Cet objet est beau » ou « Cet objet n’est pas beau », c’est là qu’apparaît le désir, l’attachement, qu’apparaît la colère. L’objet en lui-même ne nous nuit pas, mais parce que nous ne reconnaissons pas la nature véritable de cet objet nous le saisissons. Alors la souffrance et l’aspect négatif apparaissent. Si nous obtenons cette sagesse, à ce moment-là, véritablement, nous aurons un entraînement au niveau de l’esprit. Notre esprit sera complètement purifié.

Il n’y a pas besoin de purifier toutes les apparences, c’est notre esprit qui doit être purifié. Si nous voulons changer les apparences, il n’y a pas de fin à ce changement des apparences. Prenons l’exemple d’une maison. Nous achetons une maison. À l’intérieur de cette maison, nous y déposons toutes sortes d’objets que nous plaçons à un endroit. Puis quelques jours après, nous nous disons : « Non, en fait, cet endroit-là ne me convient plus » et puis nous changeons d’endroit. Ensuite, plus tard, nous nous disons : « Ah non ! J’ai placé ces objets là mais ça ne va pas non plus, il va falloir que je les mette dans un autre endroit ! » Changer les apparences, c’est sans fin.

C’est véritablement de cette façon que nous faisons avec nos activités mondaines. Aujourd’hui, nous faisons une activité et le lendemain nous désirons en faire une autre. Il n’y a pas de détente, il n’y a pas de non-saisie et de cette manière-là, il n’est pas possible d’atteindre véritablement la Libération.

C’est pour cela qu’il faut avoir la compréhension que toutes les apparences qui proviennent de notre esprit comme des aides pour notre propre esprit. Pour entraîner notre esprit, il n’est pas besoin immédiatement de devenir moine, chacun peut entraîner son esprit. Chacun peut examiner son esprit et petit à petit le changer. Il faut juste avoir l’attention et la vigilance. C’est grâce à cette attention et à cette vigilance que nous aurons la compréhension du désir, de l’attachement et que nous pourrons les reconnaître. Il en sera de même pour les autres émotions.

Cette attention est réellement nécessaire. Si nous n’avons pas véritablement cette attention dans notre esprit, il n’est pas possible de transformer notre esprit. C’est grâce à cette attention que nous allons avoir le sens du mal et du bien et dire : « Cet objet est bien » ou « il n’est pas bien », « ce que je fais est bien » ou « n’est pas bien », « ce que je pense est bien » ou « ce que je pense n’est pas bien ». Cette attention même, sa nature même est vacuité. C’est pour cela que si cette attention est vacuité, notre propre souffrance est vide.

Si nous reconnaissons que notre propre souffrance est vacuité, nous n’avons plus de saisie sur cette souffrance. A partir du moment où il y a de la saisie, la souffrance apparaît. Quand nous disons que toutes les apparences sont vacuité, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’apparences ! Bien sûr que si, il y a apparence !

C’est alors que nous disons : « l’apparence est vide, la forme est vide et le vide est forme ». Si nous arrivons à obtenir cette Vue, toutes les souffrances du samsara sont terminées.

Tout d’abord, il est nécessaire d’avoir une bonne compréhension de cette Vue. Sur le support de cette bonne compréhension, va pouvoir apparaître la Paramita de la Sagesse. Cette Sagesse est vraiment très profonde, c’est la sagesse de Manjushri. Manjushri est celui qui va avoir la sagesse la plus profonde, c’est-à-dire que c’est lui qui va examiner l’esprit le plus profondément.

Pendant toutes nos activités mondaines, nous pouvons obtenir un certain bonheur, un certain bien-être en changeant les apparences. Cependant, ce bonheur est petit car nous le saisissons et comme nous le saisissons, ce bonheur ne dure pas. C’est en faisant ainsi que nous tournons, nous tournons sans cesse dans le cycle des existences. Si nous développons la Vue, la Sagesse se développera.

C’est parce que nous ne reconnaissons pas que toutes nos souffrances sont vacuité, qu’elles sont de nature vides, que la souffrance devient de plus en plus grande. Nous saisissons cette souffrance, elle devient de plus en plus grande parce que nous n’avons pas la compréhension de la vacuité des apparences.

En développant la compréhension de la vacuité des apparences, nous aurons de la compassion vis-à-vis des êtres qui ne l’ont pas encore compris. C’est toute la différence entre celui qui ne comprend pas la nature vide de la souffrance et celui qui, possédant cette sagesse, reconnaît la vacuité de toute cette souffrance.

Pour obtenir cette Paramita de la Sagesse, il faut s’entraîner dans le Bouddhisme. Cela veut dire faire preuve de générosité, de persévérance, de patience, pratiquer et réciter des mantras. Dans le Dharma, nous disons que le mantra est la porte de la connaissance, la porte des qualités. Cela veut dire que nous développons ces qualités. Dans toutes nos activités mondaines, nous parlons beaucoup, nous développons beaucoup la parole. Dans le Dharma, nous développons les mantras pour acquérir une maîtrise de soi, du pouvoir sur notre esprit. Dans la tradition bouddhiste, il y a la notion de circambulation, d’offrandes, de prosternations pour examiner son propre état d’esprit et développer ses propres qualités intérieures, sa propre Sagesse intérieure. En fait, cela va véritablement permettre de développer la maîtrise de l’esprit. C’est ce que font les Tibétains lorsqu’ils se retirent dans la montagne pendant plusieurs années. Cela leur permet de développer cette Sagesse intérieure.

Que signifie s’entraîner au niveau de notre esprit, puisque notre esprit n’a pas de matérialité, puisque l’essence même de notre esprit est vacuité ?

Cela permet de développer un esprit stable et ainsi une certaine force, une certaine énergie dans notre corps. Tous ces êtres qui partent pour trois, six ou neuf ans, développent une certaine énergie dans leur corps et ainsi ils ne tombent pas malade. Nous sommes souvent fatigués, nous sommes souvent malades. Ce sont des signes que nous avons beaucoup d’émotions perturbatrices, en fait ce sont les signes que nous n’avons pas la maîtrise de notre esprit. Tous ces Lamas, pendant de très nombreuses heures, peuvent rester le dos parfaitement droit et n’ont absolument pas mal au dos tandis que nous restons assis sur une chaise pendant de nombreuses heures et quand nous allons voir le médecin, il nous dit que nous avons des problèmes de lombaires. C’est le signe que nous n’avons pas véritablement une maîtrise de notre esprit.

Dans notre corps, il y a des souffles qui circulent et si ces souffles ne circulent pas correctement – car nous n’en avons pas la maîtrise – la souffrance peut apparaître. Si nous avons une maîtrise de notre esprit, notre esprit deviendra fort et les souffles circuleront de manière correcte, il n’y aura pas de maladie. Tout cela, ce sont juste des pensées dans notre esprit, nous devons examiner notre propre esprit. En fait, si nous pouvons examiner véritablement de manière correcte notre esprit, naturellement, spontanément, une détente va apparaître dans notre esprit. Si cette détente apparaît dans notre esprit, il y aura une détente dans notre corps et les souffles pourront circuler d’une manière correcte.

Comme nous n’avons aucune maîtrise de notre esprit, aucun pouvoir sur notre esprit, notre souffle devient de plus en plus petit. Les souffles internes devenant de plus en plus petits, ils ne peuvent pas circuler dans tout notre corps, cela veut dire qu’ils sont comme bloqués à certains endroits. S’ils sont bloqués à certains endroits, nous pouvons ressentir toutes sortes de douleurs dans notre corps, nous ne nous sentons pas bien, nous ressentons un mal-être.

Nous pouvons nous rendre compte quand nous n’allons pas très bien, quand nous ressentons du mal-être dans notre esprit. De même, quand nous allons dans la nature, dans un jardin pour respirer l’air pur, nous nous sentons alors un peu mieux. Sans maîtrise de tout cela, à nouveau, tout change et la souffrance réapparaît. En fait, d’ordinaire, nous ne regardons que les apparences. Nous voulons maîtriser les apparences, nous ne nous entraînons pas pour maîtriser notre esprit et c’est pour cela que les choses ne peuvent pas durer. Quand nous avons la maîtrise de notre esprit, nous n’avons pas besoin de support extérieur, c’est-à-dire aller ou ne pas aller dans la nature, cela ne fait absolument aucune différence.

Si nous entraînons notre esprit, nous aurons une maîtrise de notre esprit. Si nous ne nous entraînons pas, ce sont les apparences qui auront une maîtrise sur nous, le pouvoir sur nous. C’est cela la grande différence, il y a ceux qui entraînent leur esprit et qui en obtiennent la maîtrise et ceux qui n’entraînent pas leur esprit et qui sont sous le pouvoir des apparences.

Pour avoir cet entraînement de l’esprit, il est nécessaire d’avoir une bonne compréhension de ce que peut être la tradition qui amène à cet entraînement de l’esprit. Ce soir, je ne peux pas parler trop longtemps, je n’ai pas assez de temps pour cela. Vous pouvez malgré tout lire de nombreux ouvrages sur le Bouddhisme qui peuvent vous donner une idée sur ce qu’est l’entraînement, ce qu’est le chemin bouddhiste. En lisant, peut-être que cela vous apportera une aide, que cela vous sera bénéfique à vous et aussi à ceux qui vous entourent, alors ce sera une bonne chose.

Ce soir, j’ai parlé de l’Esprit d’Éveil et j’ai parlé de la sagesse. L’Esprit d’Éveil n’est rien d’autre que la nature de l’esprit, la sagesse n’est rien d’autre que la nature de l’esprit. En fait, ce soir, je vous ai introduit à la nature de l’esprit.

Si nous avons un bon examen de notre esprit et si nous avons foi, confiance, vérité, alors la Sagesse véritable pourra naître. Si nous pensons et que nous avons toutes sortes de saisies sur nos pensées, la Sagesse n’apparaîtra pas.

Que signifie la Vérité ?

C’est reconnaître que toutes les apparences que nous voyons du monde phénoménal – parce que nous ne reconnaissons pas leur nature propre – deviennent mensongères, c’est un mensonge. Avoir la compréhension de la nature de toutes ces apparences, c’est la Vérité. Si nous avons cette Vérité – ce que chacun d’entre nous peut avoir, obtenir – nous serons alors séparés de la souffrance.

Que ce soit le bonheur, que ce soit la souffrance, tout provient de l’esprit. Nous en avons des exemples : si nous fumons, au départ, nous pensons qu’en fumant nous allons obtenir un certain bien-être, il en est de même pour la boisson. Ne reconnaissant pas la nature de cela, la souffrance va apparaître. De plus en plus, en ne reconnaissant pas la nature de cela, la souffrance va devenir de plus en plus grande. Pourquoi ? Parce que nous avons une saisie, parce que cette personne aura une grande saisie, elle ne reconnaîtra pas la Vérité, elle sera dans le mensonge, le leurre, elle sera dans la souffrance.

C’est notre propre esprit, c’est l’esprit de chacun d’entre nous qui crée cette souffrance, ce n’est personne d’autre qui crée cette souffrance. Si nous nous disons : « Je veux obtenir le bonheur, entrer en conflit avec quelqu’un d’autre, cela m’apportera le bonheur », nous ne pouvons pas obtenir le bonheur. Nous ne ferons qu’obtenir la souffrance. Le conflit se trouve à l’intérieur de nous-même, pas à l’extérieur. Même si il n’y avait qu’une seule personne, cette personne créerait de très nombreux conflits à l’intérieur d’elle-même. A l’inverse, si nous avons véritablement le bonheur dans notre esprit, peu importe ce qu’il y aura à l’extérieur, quoi qu’il en soit, notre esprit sera dans le bonheur.

Prenons l’exemple d’une famille. Dans une famille de cinq ou six personnes, il peut y avoir des conflits. Si quelqu’un a véritablement la compréhension qu’il va être comme un invité, il ne va pas s’impliquer dans ces conflits, il va juste avoir la compréhension que l’ensemble de ces personnes sont réunies aujourd’hui et que demain elles vont être désunies et qu’il en est ainsi. De cette manière-là, il est en paix dans son esprit, il ne rentre pas dans ces conflits. Peut-être que cette paix va toucher les autres et que même les conflits vont s’apaiser d’eux-mêmes. La personne qui va examiner son esprit de cette manière est dotée de la Sagesse. Cette personne qui ne rentrera pas dans les conflits et qui restera l’esprit en paix, est dotée de Esprit d’Éveil. Etant dotée de cet Esprit d’Éveil, cette paix va pouvoir s’étendre aux autres êtres.

En fait, toutes les personnes désirent la paix, désirent le bonheur. Nous ne pouvons pas dire qu’il y a une seule personne qui ne désire pas cette paix et ce bonheur.

Comment obtenir ce bonheur ?

Certaines personnes pensent que pour obtenir ce bonheur il faut entrer en conflit avec les autres. D’autres personnes pensent qu’il faut nuire aux autres. En réalité, de cette manière-là, nous ne pouvons pas obtenir le bonheur, ce n’est pas la cause du bonheur. Si chacun d’entre-nous peut discipliner ses émotions perturbatrices, si nous n’avons plus ces émotions perturbatrices, alors nous obtiendrons la paix.

Dans les activité mondaines, nous pensons que c’est l’autre qui fait, qui provoque. Il n’en est pas ainsi. Si je me mets en colère, l’autre personne se mettra en colère, ainsi deux personnes seront en colère. C’est alors que chacun doit exercer la patience et si nous développons la patience dans ces moments-là, c’est grâce à cette patience que nous pourrons véritablement obtenir cette paix. Cela, c’est à chacun d’entre nous de le faire. Quand deux personnes se disputent, si l’une est en colère et que l’autre ne dit rien, ne répond pas, naturellement une paix va s’installer d’elle-même.

C’est cela la Vérité, quand nous examinons bien, c’est cela la Sagesse.

Ce que je veux dire principalement, ici, ce soir, c’est que c’est à chacun d’entre nous de transformer son esprit, ce n’est pas quelqu’un d’autre qui peut le faire à notre place. Si c’est quelqu’un d’autre, alors c’est plutôt de la colère qui va apparaître. C’est ainsi que nous pensons dans la tradition bouddhiste. Si certaines personnes ne le perçoivent pas de cette manière, j’en suis vraiment désolé, je m’en excuse. Si vous avez des questions vous pouvez maintenant les poser.

  • Auditeur : Bonjour, vous nous avez parlé du bonheur, pouvez-vous nous parler de la compassion.

    Rinpoché : En fait, lorsque nous parlons de paix, de pacifier son esprit, nous ne nuisons plus aux êtres. A partir du moment où nous ne nuisons plus aux êtres, c’est ce que nous appelons la Compassion. Quand nous parlons d’amour et de compassion, ce n’est pas l’amour ou la compassion que nous pouvons avoir de manière ordinaire, c’est-à-dire avec la saisie, à travers le désir et l’attachement. Quand il n’y a pas de désir, pas d’attachement et pas de saisie, quand il y a une équanimité dans cet amour et dans cette compassion, à ce moment-là, nous pouvons parler de grande Compassion, d’immense Compassion. Nous pouvons avoir cette sorte de compassion avec l’attachement, le désir dans notre famille, avec nos proches, c’est quelque chose que nous pouvons trouver même chez les animaux. Par cet exemple, nous ne pouvons pas véritablement parler d’amour ni de compassion. En fait nous pouvons parler de désir et d’attachement.
  • Auditeur : C’est difficile pour mon esprit de saisir la différence entre le détachement et l’indifférence. Pour nous, occidentaux, souvent le détachement conduit à l’indifférence.

    Rinpoché : Généralement quand nous parlons de désir-attachement, notre esprit est étroit, étriqué alors que lorsque nous parlons de Esprit d’Éveil nous parlons d’un esprit très vaste, d’un esprit très ouvert. Si nous pouvons développer une réelle Compassion vis-à-vis de nos proches, nous pouvons étendre cette compassion à l’ensemble de tous les êtres. Si nous arrivons à ne plus avoir ces émotions de désir, d’attachement et de colère, à ce moment-là, notre Compassion est sans limite.
  • Auditeur : (Inaudible) _
    Rinpoché : S’il y a de la colère et si en retour, nous développons de la colère, forcément, cette colère deviendra de plus en plus forte. Si, en retour, nous ne rendons pas cette colère, une fois, deux fois, trois fois, peut être que la personne qui sera en colère va avoir un petit peu comme une certaine honte, elle ne se sentira pas bien car quand nous nous mettons en colère, nous ne sommes pas bien dans notre esprit. Si nous ne répondons pas à la colère, l’esprit s’apaise.
  • Le Directeur du Festival : Plus de questions ?…. Il me reste à remercier Chépa Dorjé Rinpoché d’être venu vers nous. Je le remercie du fond du cœur et j’espère que nous le reverrons bientôt à Tours. Merci.
  • Rinpoché : Je tiens à vous remercier, à remercier l’ensemble de toutes les personnes qui sont ici. Je vais faire des souhaits, des souhaits pour vous.
Il est possible, du fait du passage de la traduction orale à la transcription écrite, que l’enseignement ne soit pas tout à fait complet ou exactement conforme à l’original tibétain.

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