Centre Culturel Tibétain Dzogchenpa

Les émotions pertubatrices

Conférence de Chépa Dorjé Rinpoché à Paris le 8 décembre 2002.

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Ce soir, nous allons parler des émotions perturbatrices. Nous pouvons dire que nous avons tous des émotions perturbatrices de manière continue, c’est-à-dire que nous sommes de grands érudits en ce qui concerne ces émotions perturbatrices mais nous n’en avons pas véritablement la reconnaissance. Nous parlons d’émotions perturbatrices tant que nous ne reconnaissons pas la nature même de notre esprit.

Que signifie le terme « émotions perturbatrices » ?

Cela signifie un état obscur, un état de non-reconnaissance. C’est un état obscur où il y a toutes sortes de pensées. « Mong » signifie toutes les pensées discursives qui s’élèvent de notre esprit et « nyeun » représente l’obscurité, la non-reconnaissance de l’esprit. Par ce terme obscurité, nous parlons de l’obscurité qui serait semblable à un chemin en pleine nuit sans la lumière de la lune, où nous n’aurions pas la possibilité de reconnaître notre chemin. Nous serions sur un chemin véritablement très obscur et ce chemin c’est notre état ordinaire, nous demeurons dans cette obscurité, nous demeurons dans ces émotions perturbatrices. Nous pouvons nous en rendre compte car nous ne parvenons pas à obtenir tout ce que nous pensons. Il en est ainsi car, justement, nous sommes sous l’emprise des émotions perturbatrices.

D’où, comment apparaissent ces émotions ?

Elles apparaissent du « je », de l’ego, du « moi ».

Quand nous ne reconnaissons pas ce « je », quand nous n’avons pas une bonne compréhension de ce moi, il devient obscur. L’obscurité signifie que nous ne reconnaissons pas la nature de notre propre « je », notre propre « moi ». Et puisque nous n’en reconnaissons pas la nature, nous pensons « je suis », ce qui signifie que nous ne nous rendons pas compte que ce « moi », ce « je », n’a pas la reconnaissance de lui-même. Sur cette non-reconnaissance, apparaît ce que nous nommons ordinairement l’orgueil et qui est la notion du « je suis ». Sur le support de cet « orgueil », apparaît l’attachement au « je », au « je suis ». Sur le support du « je suis » se manifestent les agrégats des sens, c’est-à-dire la vue, l’odorat, le goût, le toucher, l’ouïe.

Que signifie le terme « attachement » ?

Dès que nous pensons ou disons, « je suis beau », « je suis malade », « je suis dans telle ou telle situation », « il me faut obtenir telle chose », etc., il y a cet attachement au « je ». Et c’est à cause de cet attachement au « je » que toute la souffrance apparaît. Cela procède de la même manière lorsque nous obtenons ce que le « je » désire et que nous en éprouvons de la joie. Ainsi, c’est sur le support des émotions perturbatrices qu’apparaissent ce que nous nommons le désir-attachement et la colère-aversion. Quand nous parlons d’attachement ou d’aversion, cela signifie que nous sommes sous l’emprise des émotions perturbatrices, que nous n’avons pas la maîtrise de notre esprit. Nous sommes semblables à quelqu’un qui se trouve sur un chemin complètement obscur et qui ne sait pas où aller.

De quelle manière apparaissent l’attachement et l’aversion ?

Nous développons de l’attachement aux êtres proches et de l’aversion aux non-proches. Quand nous parlons de proche, ce qui nous est le plus proche, c’est notre propre corps et ainsi tous ceux qui nous entourent ; nos familles sont proches de nous physiquement. Quand nous parlons de l’orgueil, du « je », du « moi » au sens large du terme, cela signifie « je suis bien » ou « je veux obtenir quelque chose ».

D’où provient la racine même de ce « je » ? D’où provient la racine même des émotions perturbatrices ?

Elle provient de l’ignorance. Si nous avons la reconnaissance de la nature même de l’ignorance, nous sommes dans la connaissance.

Mais d’où provient cette ignorance ?

Elle provient d’elle-même, de nulle part ailleurs. Par exemple, moi, Chépa Dorjé, je ne connaissais pas la langue française et je ne savais pas lire le français, j’étais ignorant. Cette ignorance provenait de mon non-savoir, je ne connaissais pas cette langue française, puis je l’ai apprise. Cela montre bien que l’ignorance provient d’elle-même, de la non-connaissance.

Vous pourriez vous dire : « c’est normal, il vient du Tibet, c’est normal qu’il ne sache pas ». Nous pouvons prendre un autre exemple. Je ne savais pas très bien nager ni en France, ni au Tibet, puis j’ai appris à nager. Cela montre bien que cela ne provient pas de l’endroit. C’est du à l’ignorance.

Tant que nous n’avons pas la reconnaissance des émotions perturbatrices, que nous ne les examinons pas, nous ne pouvons pas en avoir connaissance ainsi nous sommes sous leur emprise. En nous entraînant, finalement, nous aurons la possibilité de nous en libérer, d’aller au-delà. Si nous reprenons l’exemple de la natation, « je ne sais pas nager », si le moment se présente, il nous est possible d’apprendre à nager. Il en est de même pour nos émotions perturbatrices. Si nous entraînons notre esprit, si nous examinons notre esprit, nous aurons la possibilité de reconnaître la nature des émotions perturbatrices et nous pourrons nous en libérer.

Lorsque nous acquérons la connaissance et que nous ne sommes plus dans la non-connaissance, lorsque nous avons le savoir et que nous ne sommes plus dans le non-savoir, où va la non-connaissance, où va le non-savoir ?

Cela ne va nulle part. Quand il fait jour, il y a la lumière, quand c’est la nuit, il n’y a plus de jour. Il en est de même pour les émotions perturbatrices, elles n’ont pas d’endroit où aller. Si nous reconnaissons cela, nous pouvons complètement purifier l’ensemble des émotions perturbatrices.

Prenons l’exemple du sommeil. Quand nous dormons, nous dormons, quand nous ne sommes plus dans le sommeil, le sommeil ne va nulle part, c’est fini. Quand nous ne dormons pas, toutes les apparences émergent. Quand nous dormons, il y a le rêve mais les autres apparences n’émergent pas. C’est pourquoi la nature même de ces émotions perturbatrices est l’ignorance, la non-connaissance.

Tant que nous ne reconnaissons pas la nature même des émotions perturbatrices et de la non-connaissance, de l’ignorance, le samsara est sans fin.

D’où provient le samsara, ce cycle de l’existence ? Il provient des émotions perturbatrices.

D’où proviennent ces émotions perturbatrices ? Elles proviennent de l’ignorance, de la non-connaissance.

Quand nous parlons du cycle de l’existence, il faut reconnaître que la nature même de ce cycle de l’existence du samsara n’est rien d’autre que la souffrance. Cela change perpétuellement, de temps en temps nous souffrons, de temps en temps nous sommes dans un certain bonheur. Quoi qu’il en soit, ce bonheur est temporaire et il part et, de nouveau, la souffrance apparaît car il y a ce perpétuel mouvement. Pour obtenir la libération de la souffrance du samsara, il faut avoir la reconnaissance de cette non-connaissance, il faut reconnaître cette ignorance. Afin de reconnaître véritablement la non-reconnaissance, l’ignorance, il faut d’abord reconnaître son propre esprit. Pourquoi cela ? parce que tant que nous sommes dans la non-reconnaissance de notre esprit, nous sommes dans l’ignorance.

Comment l’esprit lui-même va t-il pouvoir reconnaître cet état de connaissance ?

Afin de reconnaître la nature même de son propre esprit, de reconnaître la connaissance de son propre esprit, le Bouddha a donné d’innombrables moyens, d’innombrables enseignements. Tous les moyens sont présents pour pouvoir complètement dissiper l’ignorance et avoir la possibilité de reconnaître la connaissance même de son propre esprit.

Tout ce que nous pouvons faire, ici ou là, dans quelque activité que ce soit, toutes les expériences que nous avons faites sont expérimentées par l’esprit. Si nous sommes sous l’emprise des émotions perturbatrices, nous n’avons pas la possibilité de nous libérer du cycle de l’existence. L’exemple que nous prenons quand nous parlons de complètement dissiper les émotions perturbatrices dans le Bouddhisme est de chasser les nuages du ciel. S’il y a des nuages dans le ciel, ils vont cacher la lumière du soleil. Donc, afin de dissiper ces nuages, il est nécessaire que le vent souffle ainsi la lumière du soleil pourra briller.

Afin de dissiper ces émotions perturbatrices, il est dit, dans le Bouddhisme, qu’il est nécessaire, d’effectuer les deux accumulations.

Que signifient ces accumulations ?

Faire preuve de générosité, avoir une certaine éthique, une certaine conduite de vie, font partie des accumulations de mérites. Tant que nous n’avons pas complètement effectué cette accumulation de mérites, nous n’avons pas la force de complètement dissiper nos émotions perturbatrices. C’est pourquoi il est dit qu’il est nécessaire de parachever toutes les accumulations de mérite. Ce serait comme de construire une maison, ce n’est pas facile, certaines difficultés devront être traversées. Et, pour dissiper l’ensemble de toutes nos émotions perturbatrices, il nous faut dissiper les voiles, il faut effectuer ces accumulations.

Il est difficile, en réalité, de complètement dissiper nos émotions perturbatrices car nous avons une très forte saisie du « je », du « moi ». Nous pouvons le reconnaître quand quelqu’un n’est pas agréable avec nous car nous ressentons du mal-être, nous n’aimons pas cela, le « moi » n’aime pas. Ainsi, nous pouvons voir par notre expérience que nous avons une très forte saisie de ce « moi », de ce « je ». Tant que nous n’avons pas réalisé l’état de sagesse, il est vraiment très difficile de pouvoir dissiper les émotions perturbatrices.

Tant que nous n’avons pas réalisé la nature même de ce « je », de ce « moi », sans parler de la réalisation de la sagesse, il est difficile de dissiper ces émotions perturbatrices. C’est pourquoi nous devons continuellement tourner notre esprit à l’intérieur de nous-même, c’est-à-dire examiner notre propre esprit. Reconnaître tout d’abord qu’il y a toujours quelque chose en nous qui expérimente ce mal-être. Quand nous sommes dans un endroit parfois il y a quelque chose qui fait que nous aimerions être ailleurs. Quand nous sommes ailleurs, de même, nous voulons être dans un autre endroit ou bien y rester. Il y a toujours celui qui ne se sent pas bien ou qui se sent bien. Si nous examinons cela, nous verrons que c’est notre esprit.

La nature même des émotions perturbatrices est assez étonnante car, continuellement, nous ne souhaitons pas être dans la souffrance, nous désirons le bonheur. Là, nous ne pensons pas du tout à la souffrance des autres êtres. C’est cela l’attachement au « je », c’est cela la saisie du « je », du « moi ». Cela est la nature même des émotions perturbatrices.

Par contre si nous avons une compréhension véritable des émotions perturbatrices, de la souffrance, nous pouvons reconnaître la souffrance d’autrui. Dans le Bouddhisme, nous parlons de l’Esprit d’Éveil. Cet Esprit d’Éveil est tout d’abord la compréhension de notre souffrance. Lorsque nous avons la reconnaissance véritable de notre propre souffrance, nous pouvons reconnaître les souffrances d’autrui. Quand nous reconnaissons que tous les êtres ont les mêmes souffrances, les mêmes émotions perturbatrices que nous, nous allons développer l’Esprit d’Éveil, cet état d’être bénéfique à autrui, afin de faire le bien. Cela c’est l’Esprit d’Éveil.

Il n’est pas facile d’obtenir cet état d’esprit d’aider autrui, c’est pour cela que nous appelons cet état : « l’État d’Esprit Particulier des Êtres Nobles ».

Pourquoi le nommons-nous ainsi ?

Parce que sur le support de la reconnaissance de notre souffrance, nous reconnaissons les souffrances d’autrui et en les reconnaissant, la sensation que nous éprouvons est celle de la souffrance des autres. Et c’est grâce à cette sensation que nous développons cet esprit d’être bénéfique aux autres êtres. Cet Esprit d’Éveil est un esprit tellement particulier, tellement noble. Si nous n’avons pas d’intelligence éveillée particulière, nous n’avons pas la possibilité d’obtenir l’Esprit de l’Éveil, nous n’avons pas non plus la possibilité de faire le souhait d’obtenir cet état particulier.

D’une manière générale quand nous sommes sous l’emprise des émotions perturbatrices, par exemple une maladie, nous allons nous dire « comme je suis malade ! », « comme je souffre ! ». Nous ne pourrons pas du tout penser aux autres êtres. C’est un état d’esprit qui est vraiment très ordinaire. Nous allons tout faire pour trouver le bon remède afin de ne plus avoir cette maladie. A ce moment-là, nous n’allons absolument pas penser à l’ensemble de tous les êtres qui peuvent expérimenter toutes sortes de souffrances, toutes sortes de maladies. Sous l’emprise de cette émotion perturbatrice, notre maladie, il ne nous est pas possible d’avoir l’état particulier de l’Esprit d’Éveil.

Nous pouvons prendre comme autre exemple une personne pauvre. Cette personne va traverser toutes sortes de difficultés, elle souffrira beaucoup, puis peut-être qu’un jour elle deviendra riche. Alors, elle ne va pas penser à l’ensemble des êtres qui sont dans la pauvreté que pourtant elle a traversé. Très peu de personnes vont se rappeler la souffrance qu’ils ont expérimentée et reconnaître que des êtres souffrent actuellement de la pauvreté. Bien au contraire, cette personne va développer de l’orgueil, de la joie se disant que maintenant elle est riche. Cela montre bien que cette personne est sous l’emprise de ses émotions perturbatrices. Se trouver soi-même dans l’obscurité, ne pas penser aux autres êtres, c’est cela être dans les émotions perturbatrices.

Mais quand nous véritablement une reconnaissance de ces émotions perturbatrices elles ne nous nuisent plus. C’est grâce à elles que, finalement, nous pourrons les dissiper. Un grand lama Kagyupa a dit ceci :
« si quelqu’un a de l’attachement, ne regardez pas cet attachement comme quelque chose de mal car sur le chemin de l’entraînement, ce serait une erreur. Si l’orgueil apparaît, ne jugez pas cet orgueil comme quelque chose de mal car sur le chemin de l’entraînement, cet orgueil n’est pas mauvais ».

Si nous n’avions ni attachement, ni désir nous ne pourrions pas les utiliser comme chemins pour les dissiper. C’est pourquoi, que nous ayons de la saisie vis-à-vis du désir ou de l’attachement ou que nous en ayons du rejet en pensant que ce désir est mauvais, dans les deux cas, il y a saisie.

Comment allons-nous dissiper ce désir-attachement si nous ne considérons pas que ce désir-attachement est quelque chose de mauvais ?

Il faut chercher la nature même du désir-attachement. Quand nous reconnaissons, quand nous réalisons la nature du désir attachement, celui-ci se libère.

Qu’est ce que cela signifie « il se libère » ?

Cela veut dire qu’il n’y a aucun endroit où il puisse aller, où il puisse demeurer. Si nous avons le désir d’abandonner le désir-attachement, nous ne pourrons pas continuellement l’abandonner, mais si nous en reconnaissons sa nature, ce désir-attachement se libèrera lui-même. Il en est de même au niveau de l’orgueil, au moment même où nous nous trouvons dans cet état d’orgueil, nous sommes sous l’emprise de l’ignorance, de la non-connaissance.

C’est pourquoi, si nous reconnaissons la nature même de l’orgueil dès que nous nous trouvons dans cet état, il disparaît. Mais si nous voulons complètement écraser, dompter cet orgueil, cette émotion perturbatrice, nous ne pouvons pas y parvenir. Si nous souhaitons dompter ces émotions perturbatrices, une fois nous allons être patient, deux ou trois fois et puis un jour, nous allons exploser et nous allons être sous l’emprise de l’ignorance. Cela montre bien qu’à ce moment-là nous ne reconnaissons pas la nature même de l’orgueil, car si c’était le cas, cet orgueil se libérerait de lui-même.

Quand la patience est encore sous l’emprise de l’émotion perturbatrice, elle est infime. Quand nous avons de la colère, de l’aversion vis-à-vis de quelqu’un, au moment même où nous ressentons cette émotion, nous pouvons nous demander d’où elle provient. Si nous examinons cela et reconnaissons la nature même de la colère, il n’y a pas besoin de la dompter, il suffit de la reconnaître, de voir d’où elle provient. C’est ainsi que Yeshé Tsogyal a dit dans les six Bardos : « A partir du moment où nous reconnaissons la nature même des cinq émotions perturbatrices, elles deviennent les cinq sagesses ».

Qu’est-ce que cela signifie ?

Prenons l’exemple de la colère. Nous pouvons nous poser ces questions à propos de la colère. D’où provient-elle ? Où va-t-elle ?

En faisant cet examen de l’esprit, nous pourrons reconnaître la nature même de cette colère et ainsi elle ne sera plus colère, elle deviendra sagesse. Bien sûr il faut du temps pour obtenir cette reconnaissance, cela ne peut pas être fait instantanément. Si nous voulons que les choses se fassent tout de suite, si nous désirons en obtenir le fruit de suite, cela est dû à la saisie du « je » qui se dit « je veux obtenir cela maintenant ! », « je veux un résultat tout de suite ! ».

Voilà encore un exemple qui nous montre bien que nous sommes sous l’emprise des émotions perturbatrices. À cause d’elles, nous voulons tout obtenir tout de suite. Nous ne comprenons pas la nécessité de l’entraînement. C’est grâce à cet entraînement que nous obtiendrons le fruit. Grâce à la persévérance, à la diligence, petit à petit, nous pourrons reconnaître les émotions perturbatrices et les dissiper. Il faut penser que nous sommes sous leur emprise depuis des temps sans commencement et c’est pour cela qu’il faut du temps pour toutes les dissiper !

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas en restant ainsi, sans rien faire, sans persévérance que nous pouvons obtenir le fruit. Tous les grands maîtres accomplis qu’ils soient indiens ou tibétains, ne vivaient généralement pas dans des endroits somptueux. Ils avaient tout juste de quoi manger, retirés comme ermites dans les montagnes. C’est en traversant toutes ces ascèses qu’ils ont pu obtenir un résultat. Le plus grand maître, dans le Bouddhisme, est le Bouddha Shakyamuni. Il est dit qu’il a vécu cinq cents vies pures et cinq cents vies impures. Dans toutes ses vies, il a fait preuve de générosité, il a donné son propre corps, il a traversé toutes sortes de difficultés, d’ascèses et grâce à tout cela, il a pu atteindre l’État d’Éveil, c’est-à-dire qu’il a pu dissiper complètement toutes ses émotions perturbatrices.

Nous pensons que c’est très facile de dissiper les émotions perturbatrices mais il n’en est pas ainsi. Les émotions perturbatrices sont présentes chez tous les êtres ordinaires ou particuliers. Nous n’avons pas la capacité de supporter toutes les difficultés que ces êtres nobles ont pu supporter afin de pouvoir éliminer l’ensemble de toutes leurs émotions perturbatrices. Nous n’avons ni le renoncement ni la persévérance.

Nous reconnaissons que le cycle de l’existence est souffrance, cela, nous le reconnaissons bien. Nous ne désirons pas être dans la souffrance du cycle de l’existence et nous voulons être séparés de la souffrance mais en même temps, nous avons de l’attachement vis-à-vis du samsara. Ce sont deux pensées contraires. Tant que nous sommes sous l’emprise des émotions perturbatrices nous sommes avec deux pensées contraires. Les personnes qui ont la possibilité de reconnaître ces pensées contraires sont rares et s’ils pouvaient nous expliquer cela véritablement, nous ne pourrions pas l’entendre.

Dans la transmission orale de la lignée Kagyu, c’est-à-dire dans les instructions essentielles des engagements, les paroles du Bouddha, il est dit que l’enseignement du Bouddha Shakyamuni et toutes les activités du samsara sont opposés, sont contraires. Nous effectuons toutes nos activités dans ce cycle de l’existence et, en même temps, nous désirons nous en libérer, ce sont deux points de vue contraires à la libération. Il en est ainsi parce que nous sommes sous l’emprise des émotions perturbatrices. Nous pensons une chose mais nos activités sont totalement contraires à ce que nous pensons.

Si nous désirons vraiment, sincèrement, profondément nous libérer de la souffrance du cycle de l’existence, il est nécessaire de reconnaître la nature même du samsara et grâce à cela de pouvoir pratiquer. Il est dit dans le Bouddhisme que ceux qui reconnaissent la nature même du samsara et qui souhaitent véritablement s’en libérer ont du renoncement. Ce renoncement ne peut pas naître de rien. Reconnaître la nature même du samsara est nécessaire. Les biographies des grands maîtres qui ont pu se libérer de toute la souffrance du cycle de l’existence nous font comprendre que, grâce au chemin de la pratique qu’ils ont suivit, ils ont pu atteindre la libération. Grâce à ces exemples, nous allons pouvoir suivre le même chemin.

C’est de cette manière que nous pouvons développer le renoncement. Nous pouvons prendre l’exemple du Bouddha Shakyamuni. Il était un grand roi, il était très riche et possédait un grand royaume, il avait un grand pouvoir. Pourtant il a tout abandonné, tout laissé et il est parti seul. C’est en suivant ce chemin qu’il a pu atteindre l’État d’Éveil. Mais c’est quelque chose que nous n’avons pas la capacité de faire, car nous ne pouvons pas laisser toutes ces émotions perturbatrices, nous sommes sous leur emprise. En réfléchissant à ceci, nous pouvons reconnaître que le Bouddha Shakyamuni était vraiment un très grand être. En ce qui nous concerne, nous ne sommes pas un grand roi qui aurait un immense royaume tel que c’était le cas pour le Bouddha Shakyamuni, mais nous avons cependant une certaine renommée, un certain pouvoir. Cette renommée, ce pouvoir, ces petites possessions qui sont les nôtres, nous n’avons même pas la possibilité de les laisser, de les abandonner !

Le Bouddha Shakyamuni a reconnu qu’une vie humaine durait une centaine d’années environ et que nous ne restions pas plus longtemps sur cette terre et ainsi il s’est dit qu’il fallait atteindre la libération pour se sortir de cet état. En ayant cette reconnaissance, il a décidé de laisser l’ensemble de toutes ses possessions. Il est parti seul puis a atteint l’Éveil.

Pour ce qui nous concerne, nous pensons que nous allons rester continuellement, nous n’avons pas la compréhension que nous ne resterons pas continuellement sur cette terre, nous avons cette idée que nous serons toujours là. Le Bouddha Shakyamuni lui-même a reconnu que l’ensemble de tous les phénomènes n’avaient pas de réalité intrinsèque, qu’ils n’avaient pas de réalité en soi car ils ne demeuraient pas de manière continue. Mais nous-mêmes, nous n’avons pas cette reconnaissance, nous prenons toute chose pour réelle car nous pensons qu’elle demeure de manière continue. Et même si nous avons le désir de sortir de la souffrance du samsara, nous conservons toutes les activités de ce monde et, ainsi, nous créons toutes les causes des souffrances futures. Et cela est certain ! Car à partir du moment où nous continuons à effectuer les activités de ce monde, la cause des souffrances futures va apparaître. Nous ne comprenons pas cela car lorsque nous faisons quelque chose, nous pensons que tout ce que nous effectuons sera la cause d’un bonheur futur. Mais, toutes ces activités nous apportent de la souffrance.

C’est pourquoi, si nous nous posons, si nous examinons notre esprit et si nous nous demandons d’où proviennent les émotions perturbatrices, d’où proviennent ces souffrances, si nous faisons ainsi cet examen de l’esprit, il se peut que le moment de pouvoir se libérer de toutes ces souffrances advienne.

Comme nous sommes débutants, il est difficile de reconnaître et de différencier toutes les activités éveillées du Bouddha Shakyamuni des activités de ce monde. En examinant notre esprit, nous pourrons reconnaître petit à petit que toutes les activités de ce monde sont celles où il y a de l’attachement, où il y a de la partialité.

En examinant ainsi notre esprit et en reconnaissant toutes nos pensées perturbatrices telles que le désir, l’attachement, la colère, l’aversion, nous pourrons faire un parallèle avec l’esprit éveillé du Bouddha Shakyamuni.

Lorsque nous avons la possibilité de lire les paroles du Bouddha et que nous les répétons à autrui, non pas en pensant que ces paroles vont pouvoir véritablement dissiper les émotions perturbatrices des gens, qu’elles vont pouvoir aider, être bénéfiques aux autres êtres ; mais en les disant pour nous-mêmes parce que nous trouvons ces paroles belles, que nous les aimons, nous tombons à nouveau dans les activités de ce monde.

Même si deux personnes lisent les mêmes paroles du Bouddha, il peut y avoir deux états d’esprit différents. Puisque nous avons cet attachement au « je », il est tout à fait possible que, quand nous lisons quelque chose, nous ayons cette pensée spontanée :
« J’aime bien ces paroles ! », « j’ai envie d’en parler à autrui ».

À ce moment-là, il n’y a pas suffisamment d’intelligence éveillée donc, comme nous venons de le voir, nous nous trompons de chemin car l’état d’esprit correct serait, en lisant ces mots, de pouvoir se dire que par la compréhension de ces mots, nous allons pouvoir nous-mêmes complètement dissiper les émotions perturbatrices de notre esprit. Nous pouvons avoir aussi ce genre de pensée :
« Je vais recevoir la grâce du Bouddha », mais pour cela il faut être deux, la personne qui pense cela et la grâce, la bénédiction.

Dans le Bouddhisme, nous parlons du support et de ce qui émerge du support, c’est-à-dire de la loi de l’interdépendance, les deux sont liés et il ne peut y avoir de différence entre les deux. Si le Bouddha lui-même avait la capacité de pouvoir à lui seul dissiper l’ensemble toutes les émotions perturbatrices de tous les êtres, à l’heure actuelle, tous les êtres n’auraient plus aucune émotion perturbatrice.

Donc, si cela était le cas, pourquoi les êtres qui sont dans le monde des enfers expérimentent-ils toutes sortes de souffrances ? Pourquoi les êtres que l’on nomme les esprits avides souffrent-ils ?

Il est évident que le Bouddha Shakyamuni apporte toute sa grâce, toute sa bénédiction d’une manière ininterrompue. C’est semblable à une rivière qui coule. Si nous avons soif, il faut boire l’eau de cette rivière, si nous ne la buvons pas, nous ne serons pas rassasiés. C’est ainsi que le Bouddha Shakyamuni a dit :
« Je vous montre le chemin qui mène à la libération, je vous montre tous ces moyens. Pour obtenir ou ne pas obtenir l’État d’Éveil, cela ne dépend que de vous, cela ne dépend pas de moi, mais de vous ».

C’est ainsi que nous devons aller au-delà, que nous devons nous libérer des émotions perturbatrices. C’est ainsi que sur le support des paroles du Bouddha, sur le support de la bénédiction de la grâce du Bouddha, nous avons la possibilité, par l’entraînement de l’esprit de pouvoir dissiper ces émotions perturbatrices. C’est la loi d’interdépendance, c’est semblable à du bois et un feu, pour que le feu flamboie, il faut le feu mais sans le bois, le feu ne peut pas flamboyer.

Aujourd’hui, nous avons parlé des émotions perturbatrices, et de trois points importants :

  • Le premier point est qu’il faut reconnaître ces émotions perturbatrices.
  • Le second point est celui-ci : afin de les reconnaître, il faut reconnaître sa propre souffrance et sur cette souffrance, reconnaître la souffrance de tous les êtres, c’est l’Esprit d’Éveil. C’est sur le support de la reconnaissance de notre souffrance et la reconnaissance de la souffrance de tous les êtres sans exception que nous développons l’Esprit d’Éveil.
  • Le troisième point est qu’il y a bien la grâce et la bénédiction du Bouddha mais que cela ne suffit pas, donc il faut aussi pratiquer. Il y a les deux aspects, la bénédiction et notre pratique.

Nous allons maintenant passer aux questions. Avez-vous des questions ?

  • Q. : Pouvez-vous développer ce qui est le support et ce qui émerge du support ?
  • R. : Ce que nous appelons le support ou l’apparition, c’est semblable à une graine qui va donner une multitude de graines et comment cela va être possible. Il va falloir, en premier lieu, planter la graine dans le sol, puis ensuite il faudra la chaleur du soleil, le vent, la pluie et ainsi avec toutes ces circonstances, la graine pourra se développer et donner une multitude d’autres graines, des fruits. C’est ce que nous nommons le support et l’émergence du support. C’est la loi de l’interdépendance. Le lama Karak Kuntchoung, comme nous l’avons vu tout à l’heure, a dit :
    « Ne considérez pas les émotions perturbatrices comme quelque chose de mauvais ».
    Pourquoi cela ? Parce que c’est sur le support des émotions perturbatrices que nous pourrons véritablement en avoir la reconnaissance et que nous pourrons les dissiper. Lorsque nous souffrons et que nous désirons nous libérer, cela montre bien que c’est sur le support de la souffrance que nous pouvons accéder à la libération de cette souffrance. Ainsi tous les phénomènes, les apparences de ce monde ou de l’au-delà de ce monde subissent cette loi d’interdépendance, c’est-à-dire du support et de ce qui émerge du support.
  • Q. : Vous avez parlé des deux accumulations, quelles sont-elles ?
  • R. : Il est important de bien comprendre ce que signifie « accumulation de mérites avec conceptualisation ». Ce terme cela veut dire la pensée, tout ce que nous pensons, toutes les pensées discursives que nous pouvons avoir, cela c’est la conceptualisation. La deuxième accumulation est « l’accumulation de sagesse sans conceptualisation ». Quand nous parlons de non-conceptualisation, cela signifie que cela n’est pas exprimable par des mots, cela n’est pas pensable, que c’est au-delà de ce qui est conceptuel.
    En fait, pour résumer, nous pourrions dire que dès qu’il y a la saisie du « je », par exemple lorsque nous allons faire preuve de générosité, cela fait partie de l’accumulation de mérites avec conceptualisation. À partir du moment où il n’y a plus la saisie du « je », c’est l’accumulation de sagesse sans conceptualisation. Quand nous effectuons l’accumulation de mérites, afin de pouvoir obtenir un état de non-saisie, nous allons faire preuve de générosité, c’est une accumulation de mérites. Si nous sommes dans l’état de sagesse, nous donnons de manière naturelle et spontanée sans saisie, c’est l’accumulation de sagesse. Nous pourrions prendre l’exemple d’une maison que le propriétaire nous laisserait utiliser. Nous y ferions attention car elle appartient au propriétaire. Mais, si une autre personne nous disait d’utiliser une maison en nous disant qu’il n’y a aucun propriétaire, nous pourrions être libres d’y faire ce que nous voulons. La maison sans propriétaire, c’est cela l’accumulation de sagesse.
  • Q. : J’ai bien noté que les êtres nobles ont la possibilité de se libérer du samsara à la différence de nous qui sommes prisonniers de ce monde et qui ne parvenons pas à accéder au renoncement. En dehors du choix de renoncer à cette vie et de vivre une vie d’ascèse et d’ermite, nous n’avons aucune possibilité d’accéder à la libération. Cela me laisse sans espoir et je me demande, compte tenu du fait qu’il y a des personnes ici qui, il me semble, ont des familles, des activités, ce que signifie pour nous cette voie du renoncement ?
  • R. : Mais si bien sûr, il y a un espoir d’atteindre la libération. Il est possible de l’atteindre. Il y a des moments et des chemins plus ou moins courts pour réaliser cela. Le renoncement peut naître chez tous les êtres.
    En fait, peut-être que le moment du renoncement n’est pas venu, le moment n’est pas présent pour qu’il naisse en notre esprit. Mais comme nous l’avons vu tout à l’heure, il est important de reconnaître la nature même de notre propre souffrance. Sur cette base, nous allons reconnaître que l’ensemble de tous les êtres expérimentent cette même souffrance et nous allons véritablement réaliser que tous les êtres, exactement comme nous-mêmes, expérimentent ces souffrances dans ce cycle de l’existence. Cette pensée, cette reconnaissance même est la première graine du renoncement, et de cette graine peut alors émerger d’autres graines.
    C’est pourquoi, lorsque cette graine aura atteint suffisamment de puissance et de force, nous n’aurons plus d’obstacles, tout ce monde ne créera plus d’obstacle au chemin qui nous conduira à l’éveil. Si nous reprenons l’exemple du Bouddha Shakyamuni comme je l’ai fait jusqu’à présent, il avait tout autour de lui un royaume, toutes sortes de possessions, un grand pouvoir. Grâce à cette force du renoncement, cela l’a conduit sans obstacle jusqu’à l’Éveil et à la libération de toutes les souffrances. Il faut que le moment propice soit présent pour que cela puisse se faire. Nous voulons que tout arrive immédiatement, nous pensons toujours :
  • « Je veux que cela se fasse de suite », n’ayez pas ce genre de pensées ! C’est comme si vous vouliez qu’une fleur éclore, alors qu’au départ, il faut planter la graine en terre, il faut aussi du temps. Donc ne souhaitez pas que les choses arrivent immédiatement. Dans le Bouddhisme, nous parlons de l’Esprit d’Éveil. Il y en a deux sortes. Il y a d’abord l’Esprit d’Éveil de l’Aspiration, nous allons développer cette aspiration et comme cause de cela, il y aura l’aspiration de la mise en pratique. Nous mettrons véritablement en pratique cet Esprit d’Éveil. Si au départ, nous disons :
    « Je désire aller dans tel endroit » et que cette pensée n’existe pas, nous n’irons pas à cet endroit. Voilà, pour commencer nous avons la pensée : « Je veux aller là, puis je vais aller là », puis finalement nous y allons. La pensée va s’accroître ainsi après avoir reconnu que nous souffrons, après avoir reconnu la nature même de ces souffrances et que l’ensemble de tous les êtres souffrent. De même, nous allons alors souhaiter véritablement que tous les êtres puissent être séparés de cette souffrance.
  • Q. : Quand on souffre, quelle est la meilleure attitude à avoir ? Regarder la souffrance, l’analyser, comment faire ?
  • R. : Il peut y avoir différents moyens. Par exemple, se dire que la souffrance n’est pas permanente, elle est là un moment, puis après elle s’en va. Se dire cela la fait partir car on reconnaît qu’elle n’est pas permanente. L’autre moyen est de reconnaître que la douleur en elle-même n’a pas de matérialité et puisqu’elle n’a pas de matérialité, on peut dire que cette douleur est vacuité. Quand on reconnaît que la nature même de cette douleur est vacuité, on trouve étonnant que la souffrance est là et qu’elle nous fait souffrir puisqu’elle est vacuité. Alors la souffrance n’a plus lieu d’être, c’est la meilleure façon de faire.
  • Q. : Je réagis à votre réponse, que pourriez vous dire à un grand malade pour qui la souffrance est forte et toujours présente ?
  • R. : Votre question est excellente, puisqu’il n’y a pas la reconnaissance ou la réalisation du non-soi de l’individu. C’est-à-dire nous avons une très grande saisie sur notre corps. Nous pensons que notre corps a une réalité intrinsèque, qu’il est véritable. Là une sensation de souffrance apparaît. C’est pourquoi il est nécessaire de s’entraîner. Sans entraînement, parler de la vacuité est incompréhensible. Par exemple quand je suis malade, il y a deux possibilités : l’une est de se dire qu’en fait cette maladie est le résultat de mon karma passé que, ainsi, c’est le mûrissement d’un karma ; l’autre possibilité est de se dire que cette maladie pourra alors être la cause d’un bonheur futur. Bien sûr, pour avoir ce genre d’état d’esprit, il est nécessaire d’avoir un entraînement. Sans cela, de telles pensées ne sont d’aucun bienfait. A ce moment-là, effectivement, nous expérimentons la souffrance et la saisie de cette souffrance. Notre corps nous est prêté par les quatre éléments et notre esprit est vacuité, mais nous ne le reconnaissons pas, nous n’avons pas réalisé cela c’est pourquoi nous saisissons ce corps et toutes les sensations qui peuvent apparaître au niveau du corps.
    Celui qui a entraîné son esprit durant de nombreuses années aura la possibilité de reconnaître que la maladie n’a pas de réalité intrinsèque. Cela n’est valable que pour celui qui aura eu un long entraînement. Par exemple, le Karmapa avait une grave maladie, tous ses organes étaient très atteints, ils finissaient par pourrir. Physiquement, il en était ainsi mais lui n’avait pas du tout cette sensation là. Quand on le regardait, il ne présentait pas les signes de souffrance qu’aurait pu avoir quelqu’un souffrant d’une telle maladie.
  • Q. : Le Karmapa était-il malade à cause de son karma passé ?
  • R. : Pourquoi le Karmapa a-t-il eu une telle maladie ? L’histoire que je vous raconte fait référence à la manière dont l’Esprit d’Éveil est apparu chez le Karmapa qui a eu auparavant toutes sortes d’émanations. Le premier Karmapa, avant même qu’il ne reçoive ce nom de Karmapa, était un disciple de Milarépa. Sa femme eut une très grave maladie, elle était à l’article de la mort, mais elle ne parvenait pas à mourir. Nyentokpa (le nom d’alors du Karmapa) demanda aux médecins pourquoi sa femme ne parvenait pas à mourir. Le médecin lui répondit que c’était parce qu’elle saisissait quelque chose très fortement en son esprit, on ne pouvait rien faire. Alors Nyentokpa demanda à sa femme :
    « Qu’as-tu à dire, qu’est-ce qui te gêne ? La femme lui répondit :
    « Ve que j’ai dans mon esprit, c’est toi. J’ai une telle saisie de toi et je sais que quand je vais mourir, tu vas prendre une autre femme, c’est quelque chose qui pour moi est insupportable, voilà ce que je saisis ».
    Son mari dit alors à sa femme : « Je prends l’engagement maintenant de ne prendre aucune femme après ton décès car je vais prendre les vœux de moine ».
    Cette pensée qu’il a développée à cette époque-là, était la première pensée d’éveil. Excusez-moi, mais ma réponse n’est pas tout à fait la bonne par rapport à la question posée. En ce qui concerne la maladie du Karmapa, il avait en effet encore du karma passé. En ce qui concerne le moment où le Bouddha Shakyamuni s’en est allé au-delà, c’est un symbole pour nous montrer que nous saisissons beaucoup notre monde, sa permanence et la saisie que nous en avons. Si le Bouddha Shakyamuni était resté continuellement dans notre monde sans s’en aller au-delà, nous aurions pu penser que, pour nous, cela n’était pas possible d’atteindre cet état. Puisqu’il pense continuellement à nous, il s’en est allé au-delà. En réalité le Bouddha Shakyamuni avait un corps de lumière. Ayant un tel corps, comment pourrait-il mourir ? Extérieurement, il a montré sa mort afin d’être bénéfique à l’ensemble de tous les êtres.

Nous allons nous arrêter là aujourd’hui car le temps qui nous a été imparti est terminé. Merci à tous d’être venus. C’était une grande bonté de votre part d’avoir été ici ce soir et j’en ai été vraiment très heureux.

Il est possible, du fait du passage de la traduction orale à la transcription écrite, que l’enseignement ne soit pas tout à fait complet ou exactement conforme à l’original tibétain.

tib. nyeunmongpa


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